La périphérie se francise encore : la présence francophone s'accroît dans la périphérie bruxelloise
 

© DH du 19/01/2010

La présence francophone s'accroît dans la périphérie bruxelloise, d'après une enquête du mensuel flamand Doorbraak, réalisée sur base des dernières statistiques relatives aux déclarations fiscales et aux rapports de Kind en Gezin (équivalent flamand de l'ONE).

A peine 57% des jeunes couples avec enfants à Hal-Vilvorde ont le néerlandais pour langue maternelle. Dans 26% de ces familles, le français domine.

A Drogenbos, où 77% des déclarations fiscales se font en français, 97,9% des bébés apprennent le français au biberon. Le français domine également avec 92,1% à Crainhem et Wezembeek-Oppem, 89,2% à Linkebeek, 81,2% à Rhode-Saint-Genèse et 76,8% à Wemmel.

La part des déclarations fiscales rédigées en français dans les six communes à facilités est passée de 64,2% en 2004 à 68,6% en 2008.


 

Quand la Flandre raye la Wallonie, un carton d'invitation surprenant envoyé par la Flanders House de New York

© DH du 22/12/2009

NEW YORK On dit les Américains pas très calés en histoire-géo. À en juger par la carte reproduite ci-contre, il ne faut en tout cas pas compter sur la Flandre pour faire remonter le niveau outre-Atlantique.
Le beau dessin figure sur un carton d’invitation pour une réception flamando-batave qui s’est tenue le 7 décembre dernier dans un grand restaurant de la Long Island City. Le tout a été envoyé par l’office du tourisme flamand de New York, dans le cadre de la plus grande conférence du secteur aux États-Unis, celle de la US Tour operators association, ajoute un vent favorable.
Le message Holland & Flanders, so close, so different (Hollande et Flandre, si proches, si différentes) est illustré par une carte de la région (la nôtre) où la Belgique a disparu. Cela fait rire un peu (jaune) dans les milieux politiques francophones en charge du tourisme.
D’autant que la Wallonie y a carrément été annexée à la France dont les limites viennent coller à la frontière linguistique. Que dire de la position de Bruxelles, remontée “jusqu’à la banlieue anversoise”, sourit un observateur ? Le fantasme flamand poussé à l’extrême sans doute.
Pour info, l’office du tourisme Flanders Belgium (tout de même) est logé au 44e étage du New York Time buiding, huitième avenue, dans la fameuse Flanders House, dont le gouvernement flamand a licencié le directeur en septembre dernier. L’institution avait facturé des services à la société d’événements de l’intéressé. À cette occasion, Karel De Gucht (Open VLD) s’était interrogé sur l’utilité réelle de cette onéreuse représentation new- yorkaise. Voici peut-être un élément de réponse : rayer la Wallonie et la Belgique des esprits américains.

Mathieu Colleyn


Quand la Flandre scie la branche du tourisme

Mis en ligne le 2 septembre 2009

Les visiteurs du Zwin ont eu une "bonne" surprise cet été : le texte français a disparu de tous les panneaux d'information. La version française a été systématiquement recouverte de plaques blanches vissées. Voici les photos de ce magnifique exemple de  tolérance.


Nous sommes 200 millions de francophones dans le monde
dont 4 millions de francophones belges.
 

Et pourtant...

Wezembeek est une commune de la périphérie bruxelloise où vivent plus de 70 % de francophones
et où l'usage du français est interdit par les autorités flamandes.

Regardez plutôt :


Reportage RTL-TVI (JT)


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janvier 2010

Vient de paraître
 

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Carrefour périphérie avril 2006 Carrefour périphérie janvier 2006
 

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Notre dossier : Présence francophone en périphérie du Moyen-âge à nos jours

 


 

La Tribune de Bruxelles parle de la périphérie
Les partis flamands courent après l'extrême droite
Peyo le disait déjà en 1973
Quand Brel chantait les Flamingants
L'heure décisive approche pour les Bruxellois

François Pirette Premier Ministre flamand
La leçon de Néerlandais
 


Le mépris… pour les francophones (28/11/2009)

© La DH du 28 novembre 2009

A Vilvorde, entre autres, les prévenus ne peuvent plus obtenir d’être jugés en français
BRUXELLES Depuis plusieurs années, Me Josiane Meunier se bat en vain pour que la loi sur l’emploi des langues soit respectée à Vilvorde.
Souvent consultée par des taximen indépendants qui sont poursuivis pour des infractions de roulage, elle est priée par les juges de passer le dossier à un confrère néerlandophone. Et elle s’insurge : “La loi est sans ambiguïté puisqu’elle prévoit : ‘Le prévenu […] qui est traduit devant un tribunal de police ou un tribunal correctionnel où la procédure est faite en néerlandais, peut demander que celle-ci ait lieu en français’. Au lieu de ça, je ne compte plus les dossiers que je n’ai pas le droit de plaider” .
Me Meunier a encore vu, voici deux semaines, l’un de ses clients, un Rixensartois, se faire condamner par un tribunal qui a estimé qu’un changement de langue allait retarder inutilement la procédure. “Le juge considère que les droits de la défense sont respectés parce le client est assisté par un avocat néerlandophone. Mais ce n’est pas le débat ! C’est le prévenu lui-même qui a le droit d’être jugé dans sa langue ! Et il est dit qu’il peut se faire assister d’un interprète… Un interprète belge en Belgique pour un Belge. Mais je rêve !” , s’irrite l’avocate.
De son côté, la DH s’est procuré une lettre du procureur général qui indique qu’il a “pris l’initiative de rappeler les termes de la loi” aux membres de son office.
Il a noté, par ailleurs, qu’aucun avocat néerlandophone ne souhaite apporter de témoignage ! L’on comprend mieux pourquoi Me Meunier avait été insultée par un confrère néerlandophone lorsqu’elle avait réagi publiquement, voici deux ans…


Les lacunes de la nouvelle ministre de la culture flamande

© Le Monde du 3 août 2009

...

La nomination en tant que ministre de la culture flamande de Joke Schauvliege, 38 ans, n'est pas passée inaperçue en Belgique. Surtout qu'à peine intronisée, le 13 juillet, l'élue chrétienne-démocrate de Flandre orientale a jugé utile d'étaler pendant sept minutes, sur un plateau de la télévision publique, la profondeur abyssale de sa méconnaissance.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Mme Schauvliege est devenue la risée des médias et la tête de Turc du monde culturel : " Ah, si nous avions, nous aussi, un Frédéric Mitterrand... " Ils étaient rares, même en Flandre, ceux qui connaissaient cette jeune juriste, jusque-là députée et adjointe au maire d'Evergem. Mais voilà, lancée dans la vie publique par l'ex-premier ministre Yves Leterme, Mme Schauvliege est une véritable machine à gagner des voix. Et son score aux élections régionales de juin l'a transformée en candidate quasi incontournable pour un poste ministériel.

...

" Le plombier kazakh "

Au parlement régional, lors du débat sur le programme du nouveau gouvernement, un député d'opposition a ironisé sur ce triple portefeuille : " C'est un peu "Le Déjeuner sur l'herbe". " Dans les travées, on a pouffé, convaincu que la ministre, crispée, ne savait pas qui était Edouard Manet. Joke Schauvliege s'est alors défendue en soulignant que son collègue de l'éducation n'avait jamais donné de cours dans une classe et s'est demandée si " pour devenir un bon ministre de l'agriculture ", il fallait être agriculteur...
Nombre de directeurs de théâtre ou de musée ont formulé des commentaires " prudentissimes " afin, sans doute, de ne pas mettre en péril leurs futures subventions. Le romancier et poète Tom Lannoye - édité surtout à Amsterdam - ne s'est, en revanche, pas privé de porter le coup de grâce. Il s'est lamenté que des ministres manient la langue néerlandaise " comme un plombier kazakh après deux années d'apprentissage ". Il a déploré que les artistes flamands soient seulement les bienvenus pour permettre à leurs politiques " de jouer les grands seigneurs à l'étranger ". Et s'est ému de l'intervention inaugurale de la ministre, estimant qu'" aucun demandeur d'emploi ne survivrait à un tel entretien d'embauche ".

Jean-Pierre Stroobants

 


L'Europe demande la révision du code du logement flamand

© Belga du 26/05/2009

La Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) appelle mardi dans son dernier rapport les autorités belges à revoir les nouveaux critères linguistiques imposés aux non-néerlandophones pour accéder aux logements sociaux en Flandre.

Pour l'ECRI, une agence du Conseil de l'Europe, toute mesure impliquant une obligation liée à la langue pour accéder à une prestation sociale exige "la plus grande vigilance".

"L'ECRI s'interroge sur la réelle efficacité de mesures présentées comme visant à intégrer les non-néerlandophones" et appelle les autorités belges à "veiller à ne pas adopter de mesures qui pourraient avoir un effet discriminatoire sur les personnes dont la langue maternelle n'est pas le néerlandais".

Dans son rapport, "l'ECRI recommande aux autorités de revoir les nouvelles conditions liées à la langue et à l'intégration dans le code du logement flamand en s'assurant que cette nouvelle législation n'a pas un effet contre-productif sur le processus d'intégration". L'ECRI "considère que le fait d'imposer des sanctions administratives ou de refuser l'accès au logement social n'est pas un moyen approprié pour convaincre les personnes intéressées d'apprendre une langue". (belga)


Affligem surcollera les affiches électorales francophones

© D.H. du 23/04/2009

On ne touchera cependant pas aux affiches en néerlandais de partis francophones

AFFLIGEM La commune d'Affligem surcollera avec des feuilles blanches les affiches électorales francophones qui seraient apposées sur les panneaux d'affichage communaux. Les autorités communales veulent ainsi contrer la propagande électorale francophone et protester contre la non-scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

On ne touchera cependant pas aux affiches en néerlandais de partis francophones.
Affligem est l'une des 15 communes de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde qui ne dresseront pas de liste des électeurs pour les élections européennes et n'imprimeront ni n'enverront de convocations électorales pour protester contre la non-scission de BHV. La commune de Beersel se limitera à ne pas envoyer les convocations. Le gouverneur du Brabant flamand se chargera de ces tâches.

D'autres communes de l'arrondissement mènent d'autres actions de protestation contre la non-scission. Ainsi, Merchtem, Beersel, Kapelle-op-den-Bos, Machelen, Ternat, Meise et Grimbergen ne placeront pas de panneaux d'affichage publics pour sortir les affiches électorales francophones du paysage urbain.

Pour contrer les prospectus francophones, Steenokkerzeel, Ternat et Grimbergen distribuent des autocollants, à apposer sur les boîtes-aux-lettres, sur lesquels est écrit "Prospectus en néerlandais uniquement". La commune de Ternat joindra aux convocations électorales un pamphlet reprenant les critiques de la Conférence des Bourgmestres de Hal-Vilvorde concernant la non-scission.


Menacé de mort : le conseiller communal Eugène Messemaeckers a vécu un enfer à Vilvorde

© D.H. du 26/11/2008

VILVORDE Eugène Messemaeckers (FDF) est conseiller communal à Vilvorde depuis 32 ans. Un véritable enfer pour ce francophone qui tient à s'exprimer en français à chaque conseil communal.

"Depuis mon premier conseil communal, en 1976, j'ai constamment subi les hurlements, insultes et menaces de mort lorsque je m'exprimais en langue française", témoigne-t-il.

Que deviendront les francophones de Vilvorde et d'ailleurs en cas de scission de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, s'alarme, à juste titre, Eugène Messemaeckers. "Tous les votes que je fais en langue française depuis 1987 sont actés ongeldig, non valables. Parfois même, ils actent accord à l'unanimité alors que j'ai voté contre en langue française."

Rappelons ici que les francophones qui ne font pas actes d'autorité publique ont le droit de s'exprimer en langue française dans tout conseil communal en Belgique. Le conseiller communal a même subi, à l'époque, des coups de fil anonymes et des menaces de mort. "On me menaçait de tuer mes enfants", confie encore Eugène Messemaeckers. "J'ai même dû demander la protection du gouverneur du Brabant."

La gendarmerie de Vilvorde a fait une enquête, ainsi que des rondes pour surveiller la maison du francophone. Une affaire finalement classée sans suite... "Les lettres anonymes non timbrées que je refusais et les coups de téléphone anonymes la nuit ont duré des années. Ils voulaient que je déménage mais ils ont fini par se lasser." D'autant qu'il est devenu désormais possible de retrouver l'auteur d'un coup de téléphone anonyme.

Ludivine Nolf


La Flandre que nous voulons

© le Soir du  22/07/2008

Discours alternatif : une Flandre autonome nuirait au progrès social. La solidarité et la démocratie ne peuvent plus être basées sur le territoire et la langue comme les Etats-Nations du XIXe.
Collectif d'intellectuels flamands progressistes

Nous, le groupe « Vooruit », sommes des intellectuels progressistes qui voulons sortir de l'actuelle impasse politique en situant le débat communautaire dans un cadre plus large. Nous réagissons au groupe « Gravensteen », également progressiste, qui a rejoint le discours nationaliste. Nous ne partons pas du principe de l' « eigen volk », mais nous aspirons à une solidarité aussi large que possible. Nous constatons que le débat sur la régionalisation en Belgique ne se distingue pas trop de ce qui se passe ailleurs dans le monde et qu'il est incontestablement lié à la mondialisation. C'est pourquoi la pensée fractionnelle, en termes de fronts et de camps, doit être rejetée. Pour bien comprendre les enjeux du débat, nous devons observer ce qui sous-tend les changements économiques, culturels et sociaux en Belgique et ailleurs.

La courtoisie linguistique reste pour nous une valeur fondamentale et c'est bien pourquoi il est nécessaire de faire plus d'efforts pour le bi- et le plurilinguisme. Nous condamnons l'arrogance des francophones autant que celle des Flamands. Nous nous opposons aux mesures qui subordonnent les droits politiques et sociaux à des exigences linguistiques. Les hommes et les femmes politiques, ainsi que les médias, des deux côtés de la frontière linguistique, ont une grande responsabilité pour éviter la diabolisation réciproque et l'aggravation de contradictions qui n'apparaissent guère dans la vie quotidienne.

Voilà pourquoi nous regrettons les disputes communautaires actuelles. Nos élites politiques et malheureusement aussi des universitaires progressistes des deux côtés de la frontière linguistique sont prisonniers d'un cadre mental sans issue. Les problèmes du XXIième siècle ne peuvent être pensés à partir de territoires unilingues. Après 30 ans d'austérité et de néolibéralisme, nous avons plus que jamais besoin d'une solidarité humaine qui dépasse nos villes et nos régions ainsi que notre pays et notre continent. Cette solidarité requiert un débat et des échanges démocratiques. En distinguant les gens selon leurs Etats nationaux, les relations de pouvoir sont ignorées et les discussions importantes sont abandonnées au niveau de la diplomatie interétatique. Or, un approfondissement de la démocratie aux niveaux européen et mondial est plus que jamais nécessaire. Aussi, nos identités doivent être repensées dans ce cadre européen et mondial aussi bien que dans le contexte local, régional et national. Ce n'est que de cette manière que nous pourrons créer une forte solidarité interculturelle. Cela exige également de la flexibilité en matière linguistique. La construction actuelle de l'identité flamande est nuisible à l'image internationale de notre région. Elle semble surtout orientée pour camoufler les relations de pouvoir et les différences sociales au profit des élites.

Il est évident que les grands problèmes d'aujourd'hui, tels que le changement climatique, les migrations, la crise financière et la pénurie alimentaire dépassent de loin la souveraineté des Etats nationaux. C'est pourquoi nous devons nous demander avec qui et dans quelle mesure nous voulons et pouvons construire une communauté d'intérêts. Et dans quelle mesure nous pouvons et voulons être solidaires. Cette discussion va bien au-delà d'un débat sur les règles constitutionnelles ou les majorités et minorités culturelles. Avec qui voulons-nous lutter pour un monde meilleur ? Si nous plaidons aujourd'hui pour le maintien d'un Etat belge comme niveau de régulation et pour une stratégie à échelles multiples, cela n'a rien à voir avec une nostalgie nationaliste. Force est de constater qu'il n'existe aujourd'hui aucun autre niveau de solidarité équivalent. Il existe des mécanismes structurels de solidarité entre les régions de l'Union européenne, mais les compétences sociales y sont très limitées. De plus en plus, les droits sociaux y sont subordonnés aux "libertés fondamentales" du marché. Et tandis que la Flandre exige davantage de compétences, chaque jour, et sans aucun débat démocratique, des compétences sont transférées à une Union européenne qui ne favorise que les libéralisations et la concurrence. Dans une Flandre autonome, la directive sur les services (« Bolkestein ») aurait été acceptée sans murmure ni modification. Il règne en Flandre un silence assourdissant sur le modèle social flamand préconisé. On réagit à peine aux appels permanents de la droite pour une baisse des impôts sur les sociétés, pour la concurrence fiscale, pour la suppression de l'index ou pour la limitation des allocations de chômage dans le temps. Quel progrès social apporterait une Flandre autonome ?

Bref, nous ne sommes pas du tout convaincus que des compétences flamandes homogènes apportent une vie meilleure aux gens. Dans les domaines où le gouvernement flamand est déjà souverain, la politique n'est certainement pas plus sociale. Pour ne donner que deux exemples : la contribution forfaitaire pour l'assurance des soins aux personnes âgées (« zorgverzekering ») ne tient pas compte des différences de revenus. En matière de logement social, la politique flamande est aussi pingre que le niveau national. Nulle part, on décèle des accents sociaux plus favorables. Au contraire, les politiques sociales et du marché du travail visent une stratégie de compétitivité économique régionale. « Les gens » deviennent ainsi un instrument dans la lutte concurrentielle contre « les gens » de l'autre région.

Nous ne sommes pas aveugles aux déficiences de la démocratie belge. Pas mal de choses peuvent être améliorées, surtout à la lumière de l'influence grandissante de l'Europe et de la mondialisation. Les progressistes flamands qui croient dur comme fer à la supériorité de l'espace démocratique flamand n'ont toujours pas démontré comment celui-ci doit être organisé. Que fera-t-on pour les « damnés de la terre » conduits à la grève de la faim pour faire valoir leurs droits humains ?

Aujourd'hui, la solidarité et la démocratie ne peuvent plus être basées exclusivement sur le territoire et sur la langue. Voici des décennies que Bruxelles est prise en otage par une logique qui n'est plus de notre temps. Il va de soi que Bruxelles, dans le cadre de la Belgique, est une ville bilingue et qu'elle doit le rester. Mais des gens des quatre coins du monde, riches et pauvres, y cohabitent. Ils vivent ensemble et partagent un même espace. Ils ne partagent pourtant pas la même culture. Pour construire une communauté d'intérêt politique et une solidarité régionale, ils n'ont aucun intérêt à parler des problèmes de frontières, d'homogénéité linguistique ou de majorité. Bruxelles consiste en des minorités qui doivent développer ensemble une vision interculturelle. Dans d'autres villes également, une telle solidarité interculturelle doit être à l'ordre du jour.

Certains Flamands prétendent ne pas exiger du territoire, mais ils veulent néanmoins la transposition des frontières linguistiques en frontières de solidarité. Ils disent ne pas demander de l'argent, mais ils veulent tout de même punir fiscalement les régions moins performantes. Ils n'exigent, disent-ils, pas de pouvoir mais ils demandent néanmoins une application stricte de la règle majoritaire. En fin de compte, ils rêvent d'une version dix-neuvième siècle de l'Etat-Nation à l'échelle flamande. Nous y opposons un ordre du jour solidaire, partant des besoins des citoyens. Nous craignons que les partis politiques, les élites et les médias restent enfermés dans leurs cadres de pensée dépassés. C'est pourquoi ils ne peuvent résoudre la crise institutionnelle. Nous appelons les gens de terrain, l'associatif, les syndicats et les mouvements sociaux de la Flandre et de la Belgique entière à construire ce nouvel ordre du jour qui émane des besoins sociaux, économiques, culturels et politiques de la population. Il faut y mettre des accents sociaux et donner un nouveau contenu à la solidarité. Nous voulons un nouveau contrat social pour la Flandre, la Belgique, l'Europe et le monde. C'est seulement sur cette base que des relations politiques démocratiques pour le XXIième siècle peuvent être développées. Cela signifie que les règles institutionnelles et l'espace politique doivent être repensés. Ce ne serait pas si mal si pour une fois, on écoute les voix dissidentes, hors de la prétendue homogénéité des fronts flamands et francophones.

 


Chasse au français à Overijse

© La Libre du 12/06/2008

Dans leur dernier journal officiel "De Overijsenaar", les autorités communales d'Overijse appellent les citoyens à dénoncer tout commerçant qui présenterait des affiches dans une autre langue que le néerlandais, rapporte jeudi La Dernière Heure, qui parle de "chasse aux sorcières".

Spécialement créée à cette occasion, une boîte e-mail, baptisée "taalklacht@gmail.com", reçoit depuis plusieurs jours les plaintes et dénonciations des riverains à l'encontre des commerçants qui auraient affiché sur leur devanture ou dans leur magasin des dépliants non néerlandophones. Indigné, le FDF a rappelé que l'emploi des langues reste parfaitement libre entre une entreprise et sa clientèle sur le plan des relations commerciales. Le bourgmestre d'Overijse, Dirk Brankaer (CD&V-N-VA), est déjà connu pour des faits similaires. (belga)


La bataille de Rhode aura-t-elle lieu ? V.d.W.

La Libre du 11/06/2008

Les Flamands veulent scinder l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Les francophones veulent désenclaver Bruxelles. Comment ? En créant un lien territorial qui passerait par Rhode-Saint-Genèse. Onaanvaardbaar ? Forum: Ce n'est pas bientôt fini BHV? La question la plus délicate des prochaines négociations entre francophones et Flamands est sans conteste l'avenir de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde que les partis du Nord veulent scinder. Tentons un petit point de la question et dressons l'état de la réflexion.

Pourquoi veulent-ils scinder l'arrondissement ? La raison avancée par tous les partis flamands est que la Cour constitutionnelle (ex-Cour d'arbitrage) a rendu un avis imposant cette scission. C'est faux. La Cour a dit, en répondant à un recours introduit par des élus flamands, l'incompatibilité du maintien de cette circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde avec le découpage électoral, ailleurs dans le pays, en provinces pour les législatives. Mais la Cour n'impose pas la scission. Aujourd'hui, nombre de francophones considèrent que ce découpage en province était, en soi une erreur politique majeure. La demande, à l'époque, venait des socialistes flamands, de Johan Vande Lanotte en particulier. Pour répondre à la Cour constitutionnelle, on pourrait donc très bien en revenir, partout dans le pays aux anciennes circonscriptions. Mais c'est inacceptable pour les Flamands qui considèrent que cet arrondissement commun, par-delà la frontière linguistique est une tache dans une Belgique qui se régionalise.

Donc, les Flamands veulent scinder. Point. Geen prijs. Sans accorder la moindre concession. Et les francophones ? Ils ne sont pas opposés à la scission à la condition

- soit qu'on élargisse la région bruxelloise;

- soit qu'on maintienne des liens juridiques, politiques électoraux entre la Communauté française ou Bruxelles et les francophones de la périphérie de telle sorte que la frontière linguistique ne devienne pas une frontière d'Etat. C'était un peu le sens de l'accord avorté de 2005 que Spirit (SP.A) avait fini par rejeter.

Désenclaver Bruxelles

Est-il envisageable d'élargir Bruxelles ? Dans les états-majors des partis francophones, on a sorti les cartes d'états-majors.

Le but des francophones est de désenclaver Bruxelles, actuellement entourée par la Flandre. Les Flamands se plaisent à la rappeler chaque année lors du "gordel" cette promenade cyclotouriste autour de Bruxelles.

Désenclaver Bruxelles, oui mais comment ? Le moyen le plus simple est d'élargir la Région bruxelloise est d'annexer la commune de Rhode-Saint-Genèse. Les francophones le savent : en quittant Waterloo pour Uccle, la chaussée de Waterloo, pendant 3,7 km, passe en territoire flamand à Rhode. Mais limiter le couloir géographique à une étroite chaussée, ce serait un "peu peu". Des plans existent qui prévoient un découpage plus subtil de Rhode-Saint-Genèse. Une partie serait rattachée à la Région bruxelloise, une autre (celle où habite notamment le président de la Chambre Herman Van Rompuy) resterait en Flandre avec maintien - ou extinction à terme - des facilités. A négocier. Inacceptable pour les Flamands ? Officiellement oui. Dans les interviews, tous les ténors ont toujours affirmé qu'ils ne céderaient rien, pas même un mètre carré de la mère Flandre. En coulisses, on entend dire que ces idées ne sont pas rejetées en bloc par toute la Flandre. Même le frère de Bart De Wever, Bruno, a déjà estimé que l'on pouvait réfléchir au devenir de certaines communes de la périphérie où habitent une très forte majorité de francophones : 84 pc à Linkebeek, 80 pc à Drogenbos, de 78 pc à 80 pc à Craainhem et Wezembeek, 60 pc à Wemmel et à Rhode. Et ailleurs ? Les francophones plaident aussi pour une vaste consultation populaire dans toutes les communes de l'arrondissement BHV afin de voir si, dans certains quartiers, une majorité pourrait se dessiner en faveur du rattachement à Bruxelles : à Strombeek-Bever (localité de Grimbergen) où vivent 85 pc de francophones mais aussi à Beauval (Vilvorde), voire à Woluwe-Saint-Etienne (Zaventem), qui est en quelque sorte le prolongement naturel de Woluwe-Saint-Lambert le long du boulevard de la Woluwe.

Inacceptable ? Sans doute. Mais les Flamands pourront-ils tout rejeter ou comprendront-ils, à temps que, en échange de quelques kilomètres carrés de la terre flamande les francophones pourraient alors accepter de larges transferts de compétences de l'Etat fédéral vers les Régions et les Communautés ?


Périphérie bruxelloise : L'Europe relève cinq "manquements"

La Libre, Mis en ligne le 27/05/2008

Michel Guégan, le rapporteur du Conseil de l'Europe sur la situation des trois bourgmestres non-nommés de la périphérie bruxelloise, a relevé dans ce dossier cinq "manquements" à la Charte européenne de l'autonomie locale.
Le cdH pointe l'isolement des autorités flamandes
Michel Guégan, le rapporteur du Conseil de l'Europe sur la situation des trois bourgmestres non-nommés de la périphérie bruxelloise, a relevé dans ce dossier cinq "manquements" à la Charte européenne de l'autonomie locale, mardi à l'ouverture de la 15e session du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, à Strasbourg.

Comme il l'avait déjà fait à l'issue de sa mission menée en Belgique les 13 et 14 mai derniers, M. Guégan a pointé du doigt le délai déraisonnable de l'absence de bourgmestre nommé dans ces trois communes, qui "entrave la bonne marche de la gestion de la commune".

Il a également stigmatisé l'obligation de parler le néerlandais au Conseil communal de ces communes à majorité francophone, au motif qu'elle ne serait pas "de nature à encourager la participation à la vie politique locale".

M. Guégan a par ailleurs souligné la "disproportion" existant à son estime entre les infractions reprochées aux bourgmestres et la sanction qui en découle, mais aussi la "tutelle forte" qu'exerce l'autorité régionale flamande sur ces communes et qui, à ses yeux, "frôle une ingérence du pouvoir exécutif".

Il a enfin critiqué l'absence de ratification par la Belgique de la convention-cadre sur la protection des minorités, contrairement à ses engagements.

Le Bureau du Congrès a transmis lundi à la Commission institutionnelle de cette institution les éléments du rapport Guégan. La Commission décidera par la suite de rédiger une recommandation au Comité des ministres, d'ouvrir une procédure de monitoring sur la Belgique, "ou les deux", a indiqué M. Guégan.

Paraissant soucieux d'affirmer sa légitimité dans un contexte belge qu'il a qualifié lui-même de "sensible et délicat", le rapporteur a souligné que le respect de la Charte de l'autonomie locale avait été "notre seul objectif durant notre mission".

Michel Guégan s'était rendu les 13 et 14 mai derniers en périphérie bruxelloise pour "clarifier la situation" des communes à facilités de Linkebeek, Crainhem et Wezembeek-Oppem, dont le ministre flamand Marino Keulen (Open Vld) refuse de nommer les bourgmestres au motif qu'ils ont envoyé des convocations électorales en français et autorisé des Conseillers communaux à parler français au Conseil communal.

Evoquant l'absence de recours des trois bourgmestres devant le Conseil d'Etat, M. Guégan a relevé qu'ils avaient entrepris une dernière tentative auprès de M. Keulen afin d'être nommés. Mais il leur recommande, en cas de nouveau refus ministériel, d'intenter un recours devant cette juridiction.

La réticence des trois bourgmestres à lancer une telle procédure est liée au fait que ce recours serait traité devant la seule chambre flamande. Dans une allusion à cet élément, M. Guégan a souligné l'importance selon lui qu'il existe en Belgique à ce niveau un organe judiciaire "indépendant et impartial", dont la composition des chambres refléterait l'équilibre des communautés.


Un message différent en provenance de la Flandre ...

La Flandre incomprise

Traduit du néerlandais par Philippe De Boeck.
Le texte original est paru dans « De Standaard » du lundi 19 mai 2008.

Paul De Grauwe, professeur d'économie internationale à la KU Leuven

C'est avec un remarquable consensus que la Flandre rejette les conclusions des émissaires du Conseil de l'Europe. Incompréhension et stupéfaction face à tant d'incompréhension de ces émissaires européens envahissent les médias flamands. Les journalistes étrangers ne nous comprennent pas parce qu'ils sont induits en erreur par leurs collègues francophones. Nous, Flamands, sommes une fois de plus les victimes d'incompréhension, ou même de mauvaise foi. Comment est-ce possible ? Parce que nous avons quand même raison, n'est-ce pas ? Du coup, on va investir de l'argent dans des campagnes d'information qui devront convaincre le reste du monde de la justesse flamande. Et alors, les yeux vont s'ouvrir à l'étranger, et les journalistes étrangers vont enfin comprendre à quel point ils ont été induits en erreur par les médias francophones. Peu de Flamands osent aujourd'hui mettre leur certitudes en question. Mais avons-nous raison ? Est-ce vraiment vrai que le reste du monde ne nous comprend pas parce que la presse francophone joue un mauvais rôle ? Une campagne d'information va-t-elle vraiment pouvoir rectifier le tir ?

La réponse à ces questions est tout simplement non.

Notre dossier est incroyablement faible et indéfendable hors des frontières de la Flandre. Notre certitude ne sera comprise par personne qui ne porte pas de lunettes flamandes, même pas après ces campagnes d'information. Les bourgmestres d'une série de communes flamandes de la périphérie ont enfreint la loi électorale et ne peuvent donc pas être nommés. C'est pourtant simple, non ? Pourquoi les étrangers ne peuvent-ils pas comprendre cela ?

Eh bien non, pour deux raisons. Premièrement, la loi électorale. Quel méfait ont commis bourgmestres ? Ils ont envoyé des convocations électorales dans les deux langues nationales dans des communes dont la moitié de la population est francophone. Les bourgmestres ont enfreint la loi qui dit que cela ne peut être fait qu'en néerlandais. Essayez un peu d'expliquer à l'étranger que cette loi est raisonnable. La plupart des étrangers trouveront que cette loi est antidémocratique et trouveront les bourgmestres sympathiques. Aucune campagne d'information ne pourra changer cela.

L'entêtement flamand à défendre une telle loi ne fera que renforcer à l'étranger la perception d'une Flandre bornée et intolérante. A ce niveau, nous ne devons pas espérer la moindre compassion venant de l'étranger.

Deuxièmement, la sanction du gouvernement flamand. Les bourgmestres qui ont « enfreint la loi » ne peuvent pas être nommés. Point à la ligne. Et ce malgré le fait qu'ils peuvent tabler sur le soutien d'une majorité des habitants de leurs communes.

A l'étranger, peu auront de la compréhension pour une sanction qui va à l'encontre d'un principe démocratique ; en l'occurrence qu'un bourgmestre qui s'appuie sur une large légitimité démocratique ne peut pas être privé de l'exercice de sa fonction, sauf si celle-ci est responsable d'une faute grave.

A l'étranger, personne ne peut croire qu'il s'agit d'une faute grave. La perception des choses donne même à penser que la Flandre leur retire leurs prérogatives pour une futilité et que la sanction n'est pas en rapport avec le délit commis qui consiste à ne pas convoquer les électeurs dans leur langue. Que cette population ait été invitée dans le passé à apprendre le néerlandais n'entrera pas en ligne de compte dans la perception qu'en ont les étrangers. Par conséquent, une seule conclusion s'impose. Si nous voulons améliorer l'image d'une Flandre ouverte tolérante dans le monde (et c'est vital), alors nous devons modifier la loi électorale et nommer les bourgmestres qui ont une légitimité démocratique. Cette loi existe parce que la Flandre se débat avec la phobie que les francophones annexeront toujours plus de territoire flamand. La Flandre est désormais suffisamment forte économiquement et politiquement pour mettre cette phobie de côté et pour réagir en adulte au fait que quelques francophones habitent sur une partie de leur territoire. Nous ne perdrons rien en accordant aux francophones le droit d'être convoqués aux élections dans leur langue. Nous ne pourrons qu'y gagner de la reconnaissance à l'étranger.


La Flandre est définitivement dans le collimateur des autorités européennes :

L'Europe, Zaventem et ses pratiques linguistiques

© Source:Info Radio - 17 mai 2008 12:57

Certaines pratiques flamandes sont sous le regard des Européens : 2 jours après la visite d'une délégation du Conseil de l'Europe pour « éclaircir » la non-nomination des 3 bourgmestres francophones de Crainhem, Linkebeek et Wezembeek-Oppem, c'est au tour de la Commission Européenne de critiquer la politique menée à Zaventem.

Dans cette commune flamande en bordure de Bruxelles, il a été décidé que, pour acquérir une parcelle de terrain à bâtir, il fallait être capable de parler néerlandais ou au moins afficher sa volonté de l'apprendre.

Pour la Commission Européenne, établir des conditions de connaissance du néerlandais pour pouvoir acheter un terrain est une forme de discrimination, et cela va à l'encontre de la législation européenne. La commune de Zaventem a désormais un mois pour répondre aux critiques claires et nettes de la Commission.

En décembre dernier, la commune de Zaventem avait décidé ne plus accepter de vendre des terrains lui appartenant qu'à des personnes connaissant la langue néerlandaise. Et l'échevin compétent en la matière n'est autre qu'Eric Van Rompuy, député flamand CD&V et frère du Président de la Chambre. Argument avancé : garantir le caractère flamand de Zaventem et favoriser la cohabitation entre les habitants d'un quartier.

Une plainte avait été déposée par Christian Van Eycken, le seul élu francophone du Parlement Flamand, auprès du Gouverneur de la Province du Brabant Flamand considérant cette réglementation discriminatoire. Mais le gouverneur avait rejeté cette plainte, sans réelle surprise. Maintenant, c'est l'Europe qui s'en mêle et visiblement, elle n'apprécie pas les conditions imposées par la commune de Zaventem.

La Commission critique envers Zaventem

© Le Soir du 18/05/2008

La Commission européenne émet certaines critiques concernant les restrictions que la commune de Zaventem impose aux candidats acheteurs de terrains à bâtir, selon la VRT. En effet, pour pouvoir construire à Zaventem, il faut être capable de parler le néerlandais ou au moins afficher sa volonté de l’apprendre. Selon la Commission, cette restriction linguistique est une forme illégale de discrimination qui enfreint la législation européenne. La commune doit répondre avant la fin du mois à ces critiques. Si cette réponse ne convainc pas la Commission, l’affaire pourrait se retrouver devant la Cour européenne de Justice à Luxembourg


La Flandre malade de sa mauvaise image

© Le Vif du 16/05/2008

Le ministre régional flamand des Relations internationales, Geert Bourgeois, a du pain sur la planche. Depuis plusieurs mois, les médias et les observateurs étrangers tirent à boulets rouges sur la politique menée au nord du pays.

Ce mercredi 14 mai, trois représentants du Conseil de l'Europe, garant du respect des minorités, ont dénoncé la non-nomination de bourgmestres francophones dans la périphérie bruxelloise. «Inacceptable !», selon eux. Trois maïeurs sont concernés. Ceux de Wezembeek-Oppem, de Craainhem et de Linkebeek, communes à facilités linguistiques situées en territoire flamand, mais dont la population est très majoritairement francophone.

Le gouvernement flamand refuse de nommer les bourgmestres élus, parce qu'ils ont convoqué leurs électeurs en français. Il y a peu, le « Wooncode » flamand avait été sévèrement critiqué par l'ONU : réserver les logements sociaux à des Flamands est jugé discriminatoire par les Nations Unies.

Ce vendredi, le puissant quotidien De Standaard s'inquiète de ces atteintes à la réputation flamande. Il s'émeut d'un article publié, mercredi, dans l'International Herald Tribune, journal d'affaires du groupe The New York Times. Ce que peuvent lire les businessmen, candidats investisseurs dans une des régions les plus riches d'Europe ? Qu'on peut y craindre une sorte d' «épuration ethnique légalisée» !

"Fascisme non-violent"

« Cette combinaison de fierté nationale, de politiciens de droite, de recherche de la pureté de la langue et d'une ferme opposition de type raciste aux mœurs des grandes villes et à l'immigration, écrit l'International Herald Tribune, constitue une sorte de fascisme non-violent ».

Bigre ! Le ministre Geert Bourgeois, éminent membre de la N-VA (séparatiste), devra faire preuve d'imagination pour corriger le tir. Il entend se doter d'une publication digitale et d'un « monsieur bons offices » pour convaincre les correspondants étrangers de la qualité d'accueil en Flandre. On doute que cela suffise.


Le Conseil de l'Europe arpente la Flandre pour défendre les maires francophones

© Le Monde du 15/05/2008

Le Conseil de l'Europe a délégué en Belgique une mission chargée d'enquêter sur la situation de trois maires francophones élus démocratiquement en Flandre, mais que le gouvernement régional flamand refuse de nommer depuis 2006. Mardi 13 et mercredi 14 mai, le président de la délégation, Michel Guégan, maire français de La Chapelle-Caro (Morbihan), et son adjoint Dobrica Milovanovic, élu municipal en Serbie, ont rencontré des représentants politiques pour tenter de comprendre un dossier qui menace la survie du gouvernement fédéral d'Yves Leterme.

MM. Guégan et Milovanovic se sont étonnés d'une affaire aux allures vaudevillesques mais qui, selon eux, n'est pas anodine. "Il y a de la gravité dans la situation de ces trois communes", a déclaré M. Guégan, estimant qu'une issue aurait dû être trouvée "depuis longtemps".

Linkebeek, Kraainem et Wezembeek-Oppem sont trois municipalités dites "à facilités" de la banlieue de Bruxelles : elles sont situées en Flandre, mais majoritairement peuplées de francophones, auxquels sont octroyées des "facilités" leur permettant notamment d'obtenir des documents officiels dans leur langue. Toutes trois sont gérées par des membres du Front démocratique des francophones (FDF).

Depuis leur élection en 2006, Damien Thiéry (Linkebeek), Arnold d'Oreye (Kraainem) et François Van Hoobrouck (Wezembeek-Oppem) se heurtent, à l'intransigeance de Marino Keulen, ministre régional des affaires intérieures. Ce dernier leur reproche d'avoir envoyé aux électeurs des convocations dans leur langue : le néerlandais ou le français. Or, une circulaire régionale impose que les documents administratifs de ces municipalités soient transmis en néerlandais, avant leur traduction française obtenue sur demande.

Le dossier a pris l'allure de symbole. Les Flamands ont relancé leur projet de scission de l'arrondissement bilingue (Bruxelles-Hal-Vilvorde) qui sous-tend l'existence du système de "facilités". Les francophones affirment vouloir bloquer toute négociation institutionnelle tant que la situation des maires ne sera pas réglée.

Plaidant "la bonne volonté", M. Guégan, a affirmé "ne pas vouloir touiller dans le chaudron des Belges". Il ne veut pas être attiré dans des querelles de politique intérieure. Il a toutefois rappelé qu'en 2003 le Conseil de l'Europe avait recommandé à la Belgique de faire nommer directement les maires par les citoyens ou les conseils municipaux. M. Guégan a jugé "inquiétant" qu'un élu local ne puisse pas librement parler sa langue.

La teneur du rapport qu'il rendra public à Strasbourg fin mai semble dès lors laisser peu de place au doute. La Région flamande manifeste déjà son exaspération, estimant que les trois maires ont enfreint la loi et qu'un avis du Conseil de l'Europe ne pèse rien face à cela. L'élu serbe serait reparti en colère, appréciant peu qu'un ministre flamand ironise sur le fait que les Belges, eux, "éviteront la guerre civile".


Les délégués du Conseil de l’Europe sont inquiets : Les émissaires du Conseil de l’Europe ne ménagent pas leurs critiques à l’égard du gouvernement flamand.

© Le Soir du 14/05/2008

Critiques, c’est sûr… Tantôt au nom du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux (instance mineure) du Conseil de l’Europe. Tantôt… en leur nom personnel. Au final, les trois émissaires européens dépêchés en périphérie livrent un regard négatif sur la non-nomination des bourgmestres. Parfois motivé par le non-respect de la Charte européenne de l’autonomie locale, signée par notre pays en 2004. Sans surprise, le trio souligne que le fait de ne pas avoir de bourgmestre n’est guère conforme au texte. Une partie des critiques se fondent… sur la jurisprudence du Congrès des pouvoirs locaux. « Qui, en 2003, avait recommandé l’élection directe des bourgmestres ce qui aurait permis d’éviter le problème actuel », souligne le chef de la délégation, le Breton Michel Guégan. Qui s’empresse d’ajouter que lui et ses acolytes « ne sont pas juristes ». Le solde des commentaires acerbes vient du regard d’un observateur étranger sur nos particularités belges. Telle cette sortie du même Guégan qui avoue ne pas comprendre que les élus d’une majorité (francophone) doivent parler une autre langue (le flamand) au conseil communal de leur commune (à facilités de la périphérie)… Mais d’ajouter, en guise de conclusion, qu’il « ne veut pas s’immiscer dans le conflit politique interne ».

Keulen : « C’est absurde »

De retour à Strasbourg, les trois hommes vont rédiger un rapport qu’ils transmettront au bureau du Congrès, lequel siège en séance plénière à la fin du mois. A charge pour lui de mettre un point final à l’histoire ou, au contraire, de demander de nouveaux « devoirs d’enquête ».
Principal visé par les critiques, Marino Keulen, le ministre flamand des Affaires intérieures (Open VLD), n’est pas tendre pour ses détracteurs. « C’est tout à fait absurde que le Congrès des pouvoirs locaux veuille se prononcer sur ce type de dossiers sans tenir compte de la législation en matière linguistique en vigueur chez nous. Or, c’est cela qui constitue le fond du problème et c’est précisément cela qui empêche la nomination des bourgmestres. »
Marino Keulen ne décolère pas : pour lui, c’est « l’intense lobbying des francophones qui a rendu possible l’envoi de la mission d’enquête. Elle n’est pas venue ici spontanément mais sous la pression de la francophonie et de leur lobby » a-t-il souligné à la tribune du Parlement flamand où il était interrogé sur la non-nomination des bourgmestres. Relevant que les trois missi dominici européens étaient « très au fait des thèses des maïeurs francophones », le ministre enchaîne : « Je leur ai expliqué que la popularité des bourgmestres ne justifiait pas tout : ceux de Wezembeek, Linkebeek et Crainhem avaient systématiquement enfreint les lois, refusant de reconnaître l’autorité de la Flandre et d’appliquer ses décrets sur son territoire. Du reste, ils laissent croire que la législation linguistique est flamande. Mais elle est fédérale, approuvée au Parlement à la majorité des deux tiers. »
Sur le fond du dossier, l’essentiel, au fond, pour les trois communes concernées, Marino Keulen précise qu’il restera sur la ligne qu’il défend depuis le début : pas question de nommer les trois bourgmestres. Et de relever que les francophones « n’ont pas saisi le conseil d’Etat pour faire valoir leurs droits, alors qu’il s’agit du seul collège juridique habilité pour le faire »

« Il faut respecter les minorités linguistiques »

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a appelé mercredi les pays européens à respecter le droit des minorités à utiliser leur langue, à la veille du 10e anniversaire de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires « L’existence d’une minorité est une question de fait, non de définition. Il faut non seulement tolérer les minorités, mais encore les respecter », plaide M. Davis. « Le niveau de développement démocratique d’un pays se mesure aussi à la manière dont la majorité protège et promeut les droits des minorités, et notamment celui d’utiliser leurs langues », ajoute-t-il.
Cette déclaration liée à l’anniversaire de la Charte européenne sur les langues régionales et minoritaires intervient -coïncidence de calendrier- au lendemain de la visite de trois membres de l’assemblée dans trois communes de la périphérie bruxelloise suite à la non-nomination de bourgmestres francophones.
Ladite charte vise à protéger et promouvoir les langues régionales et minoritaires, en tant qu’aspect essentiel du patrimoine culturel de l’Europe, et à permettre à leurs locuteurs de les utiliser dans leur vie privée et publique. « Cette Charte repose sur la conviction que les minorités ne sont pas des péripéties de l’histoire, ni des communautés exotiques et suspectes, mais bien des éléments essentiels de la mosaïque européenne », indique M. Davis.


Le complexe de Caliméro des Flamands
© Libération du 15/05/2008

La Flandre est décidément une grande incomprise. Elle va, selon toute vraisemblance, se faire à nouveau taper sur les doigts par le Conseil de l'Europe –une organisation qui regroupe 47 pays européens - pour ne pas avoir nommé les bourgmestres (maires) francophones de trois communes majoritairement francophones de la périphérie bruxelloise, mais situées en Flandre. La mission envoyée par Strasbourg vient en effet d’achever une enquête de deux jours et le député français Michel Guégan, accompagné d’un député serbe, a déclaré ce soir qu’il considérait que l’attitude de la région flamande était « inacceptable ».

« Qui pourrait mettre en cause le fait que ces bourgmestres ont été élus de façon démocratique ? », a jugé Michel Guégan. Réponse : Marino Keulen, le ministre flamand chargé des affaires intérieures, qui leur reproche d’avoir envoyé des convocations en français à leurs électeurs francophones lors des élections municipales d’octobre 2006 alors qu’une circulaire impose le néerlandais. Le rapport définitif des émissaires du Conseil de l’Europe sera rendu public, mais ses conclusions ne font guère de doutes. D'autant que Guéan a aussi remis en cause l'obligation faite aux conseils municipaux des municipalités flamandes majoritairement francophone de s'exprimer uniquement en néerlandais: "comment suivre des débats s'ils n'ont pas lieu dans votre langue? Cette situation est grave pour une minorité et encore plus grave et plus inquiétante quand il s'agit de la langue de la majorité d'une commune".

Comme il ne fait guère de doutes que la Région flamande le rangera dans un placard en jugeant que le Conseil de l’Europe, dont les avis ne sont pas contraignants, n’est pas à même de juger ce qui se passe en Flandre. En réalité, si l’on suit la logique un tantinet paranoïaque à l’œuvre au nord de la Belgique, seuls les Néerlandophones sont à même de le faire –et ils ne sont pas nombreux au sein du Conseil de l’Europe -, ce qui permet d’ignorer la légalité internationale. C’est ainsi qu’elle a écarté d’un revers de la main les inquiétudes de l’ONU qui s’est émue que les logements sociaux soient réservés, en Flandre, aux Néerlandophones ou à ceux qui s’engagent à apprendre la langue de Vondel.

D'ailleurs, les premières réactions flamandes, rapportées par l'AFP, sont sans surprise: Keulen reproche déjà à la délégation du Conseil de l'Europe de ne pas tenir compte de lois linguistiques "cruciales dans notre système belge". "C'est absurde. C'est un peu comme si quelqu'un devait analyser un match de football sans tenir compte de la règle du hors jeu". La députée européenne flamande Frieda Brepoels, du parti indépendantiste NV-A, allié du parti démocrate-chrétien flamand du Premier ministre Yves Leterme, les a accusé d'"arrogance". Ils "veulent nous donner des leçons alors qu'ils n'ont pas la moindre connaissance de notre législation linguistique et du fonctionnement du système politique belge",

Si j’étais Flamand, je commencerais à m’inquiéter que le monde entier soit imperméable à ma logique…