lecturesLa francophonie dans le monde un ouvrage de référenceL'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a publié, éditions Larousse, le rapport préparé par son Conseil consultatif : La Francophonie dans le monde, 2002-2003. Plus d'un tiers de l'ouvrage, préfacé par Abdou Diouf, est consacré à la situation de la langue française, aussi bien dans les 56 États et gouvernements membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qu'en dehors de l'espace francophone et dans les organisations internationales. Le rapport rend également compte de l'actualité francophone, avec le souci de dresser un état des lieux et de saisir les évolutions dans les domaines de l'enseignement, la culture, les médias et l'économie. Le rapport, disponible en librairie depuis le 28 juin, allie l'expertise de l'OIF et le savoir faire éditorial de Larousse. Un ouvrage de référence pour ceux qui souhaitent s'informer sur la dynamique de l'espace francophone et apprécier l'étendue de ses réalisations. Il constitue aussi un recueil de synthèses, de mises en perspective d'événements et de problématiques nouvelles, destiné à orienter les choix politiques et stratégiques des responsables francophones. Présence du français en Périphérie-Sud de Bruxelles
La vulgate flamingante fait remonter la présence francophone en Périphérie aux années 1960, ou au mieux (au pire ?), après la seconde guerre mondiale. C'est un abus de confiance : les contacts sont assez fréquents entre locuteurs flamands et romans au sud de Bruxelles. Dès la fin du XVIIIe siècle, des francophones s'installent au-delà des limites imposées depuis peu à la Région de Bruxelles-Capitale. Et, dès la "Belle Epoque", leur nombre augmente considérablement.
Les premiers résidents francophones
C'est au XVIIIe siècle que s'installèrent dans notre région des familles francophones ou bilingues. Les Cornet de Grez, seigneurs de Tourneppe/Dworp, correspondaient en français; c'était la langue utilisée également dans les documents établis par le drossard (maire) et les échevins de ce village. Originaires de Bruxelles et apparemment bilingues, les de Meurs géraient le moulin à papier de Rhode-Saint-Genèse depuis 1778. L'annexion à la France sous le Directoire et l'Empire entraîna la nécessité pour les autorités communales de connaître le français. Elles furent donc recrutées soit dans la population locale, ce qui suppose qu'il s'y trouvait des gens plus ou moins bilingues., soit à l'extérieur, comme Dachicourt, maire de Rhode sous Bonaparte, qui restera en fonction sous le régime hollandais ou Dammeville, maire de Drogenbos, qui fit ouvrir en 1806 une école primaire en français adaptée aux besoins ruraux. Le service militaire instauré à partir de 1798 obligea les conscrits, mobilisés généralement pendant des années, à apprendre le français. Certains combattants francophones se fixèrent dans notre région : le ministre bruxellois Jos Chabert, dont la famille est encore implantée dans la région de Beersel-Linkebeek, rappelle volontiers qu'il est le descendant d'un de ces militaires. Sauf dans ce dernier cas, le français n'était pas la langue maternelle de ces gens, mais bien leur langue véhiculaire. Cantatrice célèbre, la Malibran semble bien avoir séjourné dans les années 1830 en face de l'église de Rhode, dans la maison du pharmacien Fremau, l'un des rares habitants de l'époque à disposer du droit de vote. Si l'on ignore toujours ce qui amena la diva dans ce qui n'était alors qu'un modeste village d'ouvriers forestiers, il paraît peu probable qu'elle ait connu la langue de ceux-ci et c'est donc en français qu'elle devait s'adresser à son hôte. Une nouvelle catégorie d'habitants connaissant le français apparaît avec les ventes massives de terrains opérées entre 1795 et 1840. La vente des biens nationaux, confisqués par les autorités révolutionnaires françaises, attira des amateurs extérieurs à la région. Certains, tel le Français Jean Louis de Boubers (ferme de Krechtenbroek, au bas de l'actuelle avenue de la Libération à Rhode), semblent n'avoir considéré leurs acquisitions que comme des placements et ne s'y être donc pas établis personnellement. Mais d'autres se sont installés, au moins temporairement, tel le comte Coghen qui racheta aux premiers acquéreurs les vestiges de l'ancien prieuré de Sept-Fontaines pour en faire sa résidence d'été. Même phénomène avec les parcelles de la forêt de Soignes vendues par la Société Générale entre 1830 et 1840, surtout sur le territoire de Rhode et un peu à Alsemberg : la plupart d'entre elles furent acquises par des Bruxellois pour les transformer en terres agricoles qu'ils n'exploitaient pas eux-mêmes. Cette opération n'introduisit donc guère de francophones dans la région. Exceptions : * le général Lecharlier, originaire de La Hulpe, qui rêva, entre 1835 et 1845 de créer à la Grande Espinette ce qu'on appellerait aujourd'hui un complexe industriel. Il en reste la ferme Blaret, aujourd'hui en ruine, qui tire son nom d'un émigrant français qui y installa une distillerie après la faillite de Lecharlier. * le Binchois Gustave Leghait qui se construisit près de la chaussée d'Alsemberg à Braine-l'Alleud une maison de plaisance (1841) qu'il vendit vers 1848 à la famille Goethals, qui transforma celle-ci en château qui échut par héritage à la famille de Jonghe d'Ardoye. * le financier François Rittweger qui créa le domaine appelé plus tard "château Weber" dans la descente de l'actuelle avenue de la Forêt de Soignes). Dans ces cas-ci, il s'agissait de nobles ou de bourgeois que leur milieu social isolait largement du reste de la population et qui restaient dès lors francophones de génération en génération. Leur petit nombre n'en fit cependant pas le noyau d'une "minorité" au sens actuel du terme.
La "Belle Epoque"
Pendant tout le XIXe siècle, cependant, des Bruxellois de milieux plus modestes affluèrent en nombre croissant dans les communes encore vertes entourant la capitale. D'abord excursionnistes d'un jour, certains devinrent des vacanciers trouvant le gîte dans les auberges et guinguettes qui se multiplièrent et une partie d'entre eux finit par acheter des terrains pour s'y construire des villas d'abord comme secondes, puis de plus en plus premières résidences. Vers le Sud, ce furent d'abord Ixelles et Saint-Gilles, puis Uccle et Forest; à la fin du siècle vint le tour de nos communes. Le phénomène fut généralement assez lent au début : il fallait dénicher un endroit pittoresque, d'accès suffisamment aisé pour rester en contact régulier avec la capitale, convaincre le propriétaire de vendre une terre qui était souvent son gagne-pain. L'"invasion" est donc non seulement pacifique, mais progressive. Ses causes directes sont parfois inattendues : c'est pour pratiquer la pisciculture que l'industriel français Daniel Yager s'installe en 1908 à Linkebeek. A la même époque, des peintres et sculpteurs s'installent près d'un chemin creux, très profond, que la population prend l'habitude d'appeler vallée des Artistes, appellation qui n'eut jamais de caractère officiel. Citons à titre d'exemples Rodolphe et Juliette Wytsman, qui habitèrent de 1895 à 1925 dans la villa Les Tournesols, Jehan Frison, C.J. Derie-Dubrunquez qui sillonnèrent la région. Henri Roidot aussi, dont le frère Prosper avait renoncé à la peinture pour ne pas nuire à sa carrière. Né à Saint-Gilles, celui-ci avait habité à Rhode et à Beersel avant de s'établir à Linkebeek en 1916; s'étant lancé dans la littérature, il écrivit plusieurs textes sur la région (voir ci-dessus et ci-dessous). Le juriste-écrivain Edmond Picard habita le castel "Sainte-Cécile", rue des Hêtres, où séjourna plus tard, enfant, l'actrice Audrey Hepburn. D'autres écrivains francophones habitèrent dans la région. Constant Burniaux vécut à Linkebeek à partir de 1900. L'écrivain quenastois Félix Frenay mourut le 17 octobre 1898 à Alsemberg où vécut aussi le peintre Pierre Paulus. Venu d'Uccle pour s'installer à Rhode, Anicet Lenoir écrivit en français plusieurs ouvrages plein de verve. C'est à Rhode, où il vécut cinquante ans, que Raymond Limbosch écrivit tous ses poèmes (voir ci-dessous). Et la liste est loin d'être close ! Rien d'étonnant, dès lors, à ce que, en 1907, sur 423 Linkebeekois disposant du droit de vote, il y en ait déjà 196 qui étaient nés hors du territoire de la commune. A Rhode, c'était le cas de la moitié des électeurs dès 1850 ! Près de la Petite Espinette, Rhode bénéficia, en effet, de circonstances particulières : tout d'abord, la chaussée de Waterloo et le lotissement massif des grandes parcelles vendues soixante ans plus tôt par la Société Générale, qui offrait d'un coup un grand choix de terrains; ensuite, la construction de la ligne vicinale de la place Rouppe à la Petite Espinette (1894), prolongée jusqu'à l'Espinette Centrale et à la gare de Rhode (1910), qui offrit de grandes facilités de communication avec la capitale, même à ceux qui ne possédaient pas de véhicule. Le sénateur Max Hallet acheta, par exemple, la plupart des terres situées entre la ferme de Lansrode et la chaussée de Waterloo; il y bâtit une grosse villa (actuelle ambassade de l'Inde) et lotit le reste. Aux élections communales de 1911, un "immigré" tel que l'agent de change Octave Michot obtint 751 voix (à une époque, c'est vrai, où les classes aisées disposaient encore de plusieurs voix). Antérieure, la création de la ligne ferroviaire Bruxelles-Luttre-Charleroi eut un impact très différent, sans doute parce que, offrant moins d'arrêts que le tram, le train donne un accès plus limité aux régions qu'il traverse. L'ouverture des gares de Rhode (1873) et de Linkebeek (1887) amena donc moins de Bruxellois qu'elle ne permit à des indigènes d'aller chercher du travail à Bruxelles, où beaucoup développèrent leur connaissance du français. Ils s'ajoutèrent ainsi à la petite frange de ceux qui siégeaient dans les instances communales, pour qui la connaissance du français était indispensable puisque, de 1831 à 1898, c'était la langue officielle de la Belgique, la seule dans laquelle devaient être rédigés Constitution, lois, règlements provinciaux et communaux et arrêtés divers. L'adoption progressive du bilinguisme officiel entre 1873 et 1898 ne changea pas fondamentalement la situation. Outre les effets de l'installation de francophones venus de la capitale se développa donc la francisation des indigènes, si rarement évoquée par les flamingants à propos de la Périphérie. Ce phénomène est très perceptible sur les cartes postales d'avant 1914, où pratiquement toutes les enseignes de cafés, auberges et magasins sont en français; il en est de même pour les factures, dont l'en-tête est souvent rédigée exclusivement en français, ou au moins bilingue, ainsi que les mentions manuscrites qui y figurent Dès la 5e primaire, certains manuels étaient même rédigés en français ! Sans doute faute de disposer de l'équivalent en néerlandais De plus en plus de familles se piquaient de parler français, même à la maison. Des enfants étaient mis en pension à Bruxelles pour y apprendre la langue censée donner accès aux postes les plus enviables. Issu d'une vieille famille rhodienne et natif de la commune, le docteur Louis Hannaert écrivit par exemple de nombreux ouvrages en français. La plupart des associations culturelles se choisissaient un nom français : à Alsemberg est créée une fanfare appelée Laurier Chêne. A Rhode, les chorales "La Concorde" (1858) et "Les Chasseurs de la Montagne" (1866); celle-ci se réunissait "Au Grand Salon Lyrique, rue Terheide. La plupart des oeuvres interprétées étaient écrites en français. Lorsqu'elle traduira son nom en "néerlandais", la fanfare rhodienne "Bien faire et laisser dire" optera même pour une traduction littérale (Wel doen en laten zeggen) plutôt que pour une expression plus correcte (Doe wel en zie niet om) ! Elle fut dirigée de 1880 à 1925 par le Waterlootois Edmond Debutte, - qui ne connaissait pas un mot de néerlandais, -tandis que les présidents d'honneur furent successivement les de Meurs jusqu'en 1911, puis le baron Etienne Rolin. Il en fut de même pour les associations sportives; c'est ainsi que, sur seize cercles colombophiles ayant existé à Rhode vers 1900, neuf portaient un nom en français; le club de football de Rhode s'appelle La Rhodienne depuis sa création, pourtant plus tardive (1927). Contrairement à ce qu'on nous ressasse sans cesse, la francisation n'est donc pas seulement ni même principalement le fait des "immigrants" bruxellois ou wallons, elle est aussi et surtout endogène. Celle-ci est d'ailleurs antérieure à celle-là et elle a donc dû contribuer à l'alimenter : l'excursionniste, le vacancier, le nouvel habitant trouvait partout dans ce que nous appelons aujourd'hui la Périphérie des inscriptions en français et quelqu'un prêt à lui parler dans sa langue.La partie linguistique du recensement de 1910 (voir tableau ci-dessous) montre en effet que la proportion de résidents francophones dans les communes du sud de l'agglomération bruxelloise restait très limitée : quasiment à égalité, les deux "têtes de liste" (Rhode-Saint-Genèse et Drogenbos) n'atteignent même pas 10 % d'habitants déclarant s'exprimer toujours ou de préférence en français ! La plupart des gens parlaient donc néerlandais (ou plutôt un patois flamand) à la maison, mais certains d'entre eux voulaient donner à l'extérieur l'image de la francophonie ou, en tout cas, du bilinguisme. L'argument traditionnel des flamingants dénonçant les professions de "foi" francophones de ceux-ci comme artificielles ne serait donc pas faux si la langue était un caractère quasi génétique, dont la modification posait des problèmes éthiques. Mais elle est un attribut culturel, donc susceptible d'adaptation volontaire de la part de celles et ceux qui la pratiquent. Celle apprise dès la petite enfance dans le milieu familial peut s'effacer devant une autre jugée, - à tort ou à raison, tout dépend de celui ou celle qui juge ! - plus utile et/ou plus prestigieuse. C'est ce qui s'est produit avec le néerlandais, - ou plutôt avec les dialectes flamands ! - en "Flandre" comme dans d'autres régions d'Europe avec le letzeburgesch (Luxembourg) ou les dialectes bas- et moyen-allemands d'Alsace et de la partie traditionnellement germanophone de la Lorraine. En se francisant également selon ce processus, Bruxelles est devenue elle-même un foyer de francisation pour sa banlieue, qui n'a cessé de s'élargir, comme celle de toutes les villes européennes de quelque importance. C'est ce processus que nous étudierons dans le prochain numéro.
Survie française en Flandre par Olivier MoutonMis en ligne le 15/05/2002 © La Libre Belgique 2002 Vendredi, le rapport sur les minorités en Belgique de Lili
Nabholz-Haidegger sera à nouveau discuté en commission du Conseil de l'Europe.
L'occasion d'évoquer le principal souci des 300 000 francophones de Flandre:
comment y faire vivre la culture française?
Allegra !
C'est en lançant ce mot1 que le rapporteur de la Commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Dumeni Columberg (surnommé "l'inspecteur Columberg", par référence à la série télévisée), a entamé sa conférence de presse le 2 septembre 1998. Le rapport qu'il avait rédigé avait été publié (ou plutôt divulgué...) le jour même où fut imprimé le numéro de Carrefour. Nous n'avions donc pu lui faire écho. En reparler aujourdhui peut paraître dépassé. Ce serait oublier que l'essentiel apparaît rarement dans l'immédiat et qu'il faut du recul pour bien juger d'un événement. Au fil du temps qui s'est écoulé depuis lors, le battage médiatique a fait de ce Suisse romanche un ange ou un démon, selon l'opinion des commentateurs. Merci, monsieur l'inscpecteur Les francophones ont vu dans ce texte ce qu'ils voulaient y voir. Il proposait de : - consulter la population sur l'éventuelle modification des limites de Bruxelles (le rattachement des communes à facilités y résoudrait le problème de la présence flamande en compensant la chute de celle-ci par l'apport des Flamands des six communes. - "cesser d'essayer de réduire les facilités linguistiques" : il faudrait donc retirer les circulaires Peeters et C° et reconnaître que "les membres de la minorité francophone en Flandre ont le droit de conserver leur identité et leur langue propres et de développer la culture qui est la leur" sans devoir pour autant s'assimiler, comme l'exigent la plupart des hommes politiques flamands. Ils n'ont pas vu ce qui pouvait déplaire à certains d'entre eux.. Ce rapport incite, en effet, les allophones à : -apprendre le néerlandais pour s'intégrer (bilinguisme qu'il recommande d'ailleurs à tous); - "reconnaître qu'ils habitent dans des communes à facilités situées dans une région unilingue, non une région bilingue"". Cachez ce sein que je ne saurais voir... Ce qui est étonnant, c'est que les commentateurs et responsables flamands n'y ont pas vu non plus ce qui apporte pourtant de l'eau à leur moulin ! Pourquoi cette cécité sélective ? Selon ce même rapport : - la Belgique devrait signer et ratifier la convention du Conseil de l'Europe sur la protection des minorités nationales, qui étendrait considérablement la protection des francophones de Flandre si elle était appliquée; - l'arrêt de la Cour européenne des Droits de l'Homme (23 juillet 1968), - qui a interdit d'empêcher les enfants dont les parents ne sont pas résidents d'une commune à facilités de la Périphérie d'en fréquenter les écoles francophones (au nom des lois de 1963), - n'a jamais été appliqué. - l'interdiction faite à des enfants catalogués flamands de fréquenter les écoles francophones des communes à facilités est inadmissible : "Le maire de Rhode-Saint-Genèse a indiqué qu'à sa connaissance, au moins un garçon de la commune avait été renvoyé pour cette raison et que, dans la pratique, les inspecteurs linguistiques se rendent même dans les écoles maternelles pour poser aux enfants des questions comme «Quel journal lit ton papa ?» (...). Il y aurait intérêt à abolir cette procédure, qui paraît aujourd'hui tout à fait indigne et superflue". N'est-ce pas un cas flagrant d'atteinte à la vie privée ? - Carrefour et le Randkrant "ont tendance à défendre leur «idéologie linguistique». Randkrant se montre assez agressif vis-à-vis des personnes qui ne veulent pas s'intégrer/s'assimiler en Flandre, et Carrefour à l'encontre de ceux qui tentent de saper les facilités linguistiques. Au fond, il s'agit d'une question de liberté d'expression : celle-ci devrait être garantie aux deux magazines2, sauf s'ils commençaient à inciter à la haine envers l'autre groupe linguistique. (...) Carrefour nous a paru moins agressif que Randkrant. Néanmoins, des politiciens flamands prétendent que le Randkrant se voit régulièrement reprocher son manque de profil flamand". - "Même la diffusion de chaînes de télévision francophones est devenue une source de conflit"(TF 1, TV 5 et Eurosport). Haro sur le baudet l'ours ! Le rapport renvoyait dos à dos les deux camps en présence sur le plan des principes, mais pas sur les méthodes. Ce qu'il dénonçait, ce n'était nullement le rattachement de la Périphérie à la Flandre, c'étaient les tracasseries et les discriminations croissantes dont y sont victimes les allophones. Le rapport a été voté par la Commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe le jeudi 3 septembre par 24 oui, 1 non (C.V.P.) et 2 abstentions (1 Balte et 1 Hollandais). Vidé de ses critiques sur les méthodes d'homogénéisation de la Périphérie, le rapport (qui aurait dû rester secret jusque là, mais qui a filtré vers... la V.R.T.) était voté le vendredi 25 en séance "plénière" (21 présents sur 286..., moins qu'en commission !). Que s'était-il passé ? D'abord atterrés, les politiciens flamands s'étaient mobilisés pour persuader les députés européens qu'en votant tel quel le rapport Columberg, ils allaient remettre en cause tout l'équilibre institutionnel belge, et donc l'existence même du pays. Le choix d'un vendredi pour la séance "plénière" permit d'écarter du vote la plupart des députés, déjà repartis vers leurs circonscriptions (lesBelges formaient le tiers des présents !). La plupart des ténors flamands s'étaient déchaînés pour mettre l'assemblée de Strasbourg sous pression : on a même reproché à M. Columberg d'avoir signé la demande d'enquête qui allait lui être confiée, comme si le fait de la signer préjugeait du résultat ! Bien qu'il ait rencontré des responsables de tout niveau (22 classables comme francophones, 26 néerlandophones, les derniers à être entendus), on prétendit que trois jours en Périphérie ne suffisaient pas pour percevoir les subtilités communautaires. Être extérieur au conflit, l'aborder sans a priori, n'était plus un gage d'objectivité ! Cet homme qui prône le respect mutuel, des éditorialistes sont allés jusqu'à le qualifier de grotesque (Het Nieuwsblad) et à faire allusion à ses notes de frais (Gazet van Antwerpen). Ces excès montrent qu'il a, au contraire, bien perçu la faille fondamentale de la législation communautaire. Lui reprocher de ne pas avoir entériné toutes les thèses flamandes, n'est-ce pas suggérer qu'elles ont été mal défendues ou... qu'elles sont contraires aux droits de l'homme ? Le fracas médiatique branché sur l'instant présent a masqué le paradoxe de l'argumentation flamande : condamner le rapport pour atteinte aux équilibres belges, c'est démontrer que le maintien de la Belgique est indispensable à l'étouffement des minorités de la Flandre grâce à la supériorité démographique, économique et politique de celle-ci. Si elle devenait indépendante en maintenant ou (comme c'est probable) en accroissant sa purification ethnique, la Flandre se priverait de cette feuille de vigne, s'exposant du même coup aux critiques et à la censure de l'Union Européenne comme du Conseil de l'Europe, qui ne reconnaissent que les Etats. Y pense-t-on, tant au Nord qu'au Sud du pays ? Un coup dans l'eau ? Voté à la sauvette, ce rapport émasculé n'a-t-il servi à rien ? Pour la première fois, il a attiré l'attention d'une instance internationale sur nos problèmes communautaires. Après plusieurs articles parus en France, en Angleterre et même aux Etats-Unis, la contradiction entre l'"équilibre" institutionnel belge, - qui penche inévitablement vers le partenaire le plus lourd, - et le respect des droits élémentaires (égalité, liberté d'expression, de résidence, d'action culturelle...) commence donc à être connue hors de nos frontières. Comme le prouve le mépris affiché par certains ténors flamands cités ci-dessus, le rapport Columberg risque de renforcer le repli sur soi de la Flandre flamingante, qui craint que la "marâtre" belge soit remplacée, au moment même où ils croient en venir à bout, par une "marâtre" européenne. "L'immixtion du rapport dans les problèmes belges" est la critique la plus fréquente dans la presse flamande, qui craint les "contre-attaques francophones" (Il y aurait donc eu des attaques flamandes?).
Une hirondelle ne fait pas le printemps... mais tout de même !
En Flandre, quelques yeux se sont ouverts : d'autres ténors osent dire que les Flamands deviennent des parias internationaux (éditiorial de Luc Vander Kelen dans le plus gros tirage de la presse flamande, Het Laatste Nieuws, 04/09/1998) : l'endoctrinement nationaliste est "tel que plus personne n'ose (...) réfléchir de manière indépendante. Il n'y a plus de débat en Flandre (n.d.l.r.: à propos des problèmes communautaires), mais une grande ligne suivie par les politiques comme par les journalistes" (le même, Le Soir, 05-06/09/1998). En plus, leur politique est inefficace, ajoute-t-il. Le rapport Columberg l'avait déjà remarqué. La "tache d'huile" allophone s'accroît, même dans les communes sans facilités (comme à Dilbeek, par exemple). Ce que demandent les allophones de la Périphérie, ce n'est pas l'extinction de la culture flamande, qui nourrit tant de talents, notamment musicaux (les frères Kuijken, Philippe Herrewege, Greta De Reygere, René Jacobs, Jos Van Immerseel...), cinématographiques (André Delvaux, Stijn Coninx, Robbe De Hert...), littéraires (Hugo Claus, dont on prévoit depuis des années la désignation au prix Nobel). La culture flamande doit être défendue, mais pas par des méthodes d'un autre âge. Ce que les allophones demandent, c'est d'admettre que la coexistence pacifique est la seule alternative à l'épuration ethnique. Et de cesser de croire, après deux siècles de tentatives vaines et meurtrières, qu'il est possible de construire la paix sur l'assimilation et l'homogénéisation forcées. Carrefour n'a pas d'autre but quand il dénonce les gesticulations nationalistes anachroniques, les tracassins et dénis de droits élémentaires accumulés depuis 38 ans et aggravés depuis 7 ans. Même brocardé, caviardé et tronçonné dans l'indifférence de la plupart des francophones belges, le rapport Columberg a rallumé une petite flamme d'espoir. Que les politiques, tant francophones que flamands, en soient éclairés aujourd'hui... pour ne pas s'y brûler demain ! 1. "Bonjour" en langue romanche, la moins répandue des quatre langues officielles de la Confédération helvétique, celle du rapporteur de la Commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, choisi évidemment par celle-ci pour son expérience personnelle dans les problèmes de coexistence linguistique (il fut notamment maire de sa commune de résidence). 2. L'arrêt de la Cour d'Arbitrage du 17 mai évoqué dans ce site montre ce qu'il en est.
Mythes Miteux
Professeur d'histoire à l'U.L.B., Madame Anne Morelli pourchasse infatigablement les nationalismes étroits et les mythes sur lesquels ils se fondent intellectuellement. Elle a notamment rassemblé des études de spécialistes du sujet, tant flamands que francophones, dans un livre intitulé Les grands mythes de l'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie qui fit du bruit lors de sa parution en 1995, et pas seulement en Flandre. Y était démoli à grands coups de pioche le dévoiement à des fins nationalistes (belges, flamandes ou wallonnes) tant des "anciens Belges" et des 600 Franchimontois que de la bataille des Eperons d'Or ou de l'épuration d'après la seconde guerre. Sans avoir la prétention d'égaler les thèses produites par d'éminents spécialistes, qu'il nous soit tout de même permis de compléter leur travail par un modeste supplément relatif à la Périphérie bruxelloise qu'ignore malheureusement leur ouvrage. La position du mouvement flamand à propos de la Périphérie repose sur deux thèses : 1) la frontière linguistique se serait "toujours" située au sud de Bruxelles et le "territoire flamand" (= le territoire où l'on parlait un dialecte brabançon) serait resté linguistiquement homogène depuis "toujours". 2) ce serait donc à la suite d'un "vol de territoire" que s'est produite la francisation de Bruxelles (entre 80 et 90% de francophones et 10 à 20% de bilingues aujourd'hui), puis de la Périphérie (majorité francophone dans les six communes à facilités, plus ou moins fortes minorités dans les autres communes touchant aux 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale). Les francophones seraient donc les agresseurs de la "Flandre" (confusion savamment entretenue entre le comté de Flandre historique et l'ensemble des régions de Belgique où le néerlandais est devenu langue officielle à partir de 1932). Ce n'est pas c'qu'on fait qui compte, C'est l'histoire, c'est l'histoire, La façon dont on raconte Pour se faire bien voir (Yves Duteil). 1) Un territoire homogène derrière une frontière
imperméable ? Mais c'est une argumentation qui a peu de prise sur les nationalistes flamands parce qu'elle repose sur une connaissance de l'histoire réelle (et non celle mythique dénoncée par l'équipe de Mme Morelli) que tout le monde n'a pas. D'où l'importance de bien connaître le passé pour mieux comprendre le présent. (Voir plus loin : Belgica creola)
Villes d'Europe
Le bulletin n° 207-208 du Crédit Communal de Belgique contient sous ce titre une analyse cartographique comparative d'une trentaine de villes et de régions urbaines du vieux continent. Bruxelles y est traitée aux pages 123 à 139. Les treize cartes en couleurs placent la Région de Bruxelles-Capitale dans son hinterland naturel. C'est spectaculaire : sauf pour la densité d'habitat et la proportion d'habitants propriétaires de leur logement , cet hinterland déborde toujours des limites politico-administratives arbitrairement imposées à la capitale par les réformes successives de l'Etat belge. Le texte explicatif fait d'autant plus ressortir cette inadéquation que, pour ne froisser aucune susceptibilité, il a été écrit à pas de loup marchant sur des oeufs. Il montre, par exemple, qu'avec un petit million d'habitants répartis sur 161 km2, la Région n'est qu'une portion de l'agglomération morphologique (1.353.000 habitants sur 520 km2). Il évoque aussi les "fortes minorités francophones" de la Périphérie sans facilités, en évitant habilement de dire que ce sont des majorités dans les communes qui bénéficient encore de celles-ci (pour combien de temps ?). Il fait remarquer que le bassin d'emplois offerts par la capitale touche 3,5 millions d'habitants (le tiers de la population du royaume, près de la moitié de sa population active). Sans doute Bruxelles n'a-t-elle pas le monopole de cette inadéquation entre limites morphologiques et politico-administratives, mais elle est la seule, en Europe sinon dans le monde, à être encerclée et étranglée par une voisine (la Région Flamande) à la fois hostile et concupiscente.
Belgica creola une lecture saine et édifiante pour les vacances !
Ken je Overijse ? (Connaissez-vous Overijse ?). C'est le titre d'un livre paru il y a 25 ans, qui valut à son auteur un prix de l'Académie des Sciences, des Arts et des Lettres. Après de nombreuses autres publications, ce même auteur vient de rédiger un livre tout à fait original sur les contacts culturels dans la région d'Overijse, commune flamande à forte minorité francophone et européenne, entre la Région de Bruxelles-Capitale et Wavre (Région Wallone).
Un sujet géographiquement très limité ? Pas du tout, car les leçons qui en découlent sont applicables à toute la Périphérie et, d'une manière générale, à toutes les régions où sont en contact des populations de culture différente. Le contact des langues en Périphérie bruxelloise. L'exemple d'Overijse Ce sous-titre du livre montre bien qu'il dépasse les limites étroites d'une commune. D'ailleurs, d'entrée de jeu, Overijse est replacée dans un contexte beaucoup plus large : successivement institutionnel, géographique, socio-économique, démographique et politique. Des contacts très fructueux On apprend, par exemple, qu'Overijse fait partie du "Top 10" de la richesse avec Lasne (en tête), La Hulpe et quatre communes à facilités : Rhode-Saint-Genèse, Wemmel, Kraainem et Linkebeek. La ruine de la viticulture (en serre) du fait de la concurrence européenne amène les serristes à vendre leurs terrains non seulement à des Bruxellois avides de calme et d'air pur, comme c'est le cas de tous les citadins des pays développés, mais aussi à des "Eurocrates" (comme appellent si gentiment nos concitoyens européens les flamingants ceux qui ne les aiment pas...). Comme dans tant d'autres communes proches d'une métropole, la population se grossit (elle double en 30 ans à Overijse) d'habitants dont le niveau d'instruction et de revenus est supérieur à celui de la moyenne des "autochtones" (ce qui explique le bond de ces communes dans la hiérarchie des revenus); et, ce qui est spécifique à la Périphérie bruxelloise, de nouveaux habitants de culture(s) différente(s) de celle des autochtones... Une situation nouvelle ? Cest ce qu'on fait croire aux ignorants. Mais Belgica creola démontre, chiffres à l'appui, que la région n'a jamais été culturellement, et notamment linguistiquement homogène. Des facilités il y a trois siècles ! Sous l'Ancien Régime, les textes officiels sont rédigés en thiois (dialecte flamand), même s'ils concernent Rosières (qui faisait alors partie d'Overijse), mais ils le sont en français quand ils sont destinés aux habitants francophones ou wallons. Notre-Dame au Bois est un beau doublet toponymique. Le nom flamand, Jezus Eik. évoque la statue de l'enfant Jésus pendue à un chêne pour exorciser celui-ci. Suite à un voeu, une image de la Vierge la remplaça. Des miracles lui ayant été attribués, elle attira des pélerins, surtout bruxellois, qui désignèrent le lieu d'un nom français. Et les deux toponymes survécurent jusqu'à nous : beau cas de symbiose linguistique ! Jusqu'au XVIlle siècle. le chemin de Bruxelles à Wavre passant par Hoeilaart, Malaise et Rosières, suscita des toponymes allophones sur une largeur de 5 kilomètres environ, parmi des populations majoritairement (pas seulement) flamandes (Overijse) ou wallonnes (La Hulpe, Rosières). Leshameaux mixtes de Bakenbos et Malaise en témoignent encore. Lèse-majesté Les populations communiquaient apparemment très bien, ce qui suppose leur bilinguisme. en tout cas celui des notables. Ceux d'Overiise étaient d'ailleurs très francisés dès la fin du XVIlle siècle, bien avant notre époque donc. Ce bilinguisme n'était pas partagé par les fonctionnaires venus de l'extérieur, notamment les révolutionnaires français. C'est ainsi que les responsables du cadastre, ignorant que le suffixe gat signifie trouée, percée quand il s'applique à un cadre forestier, traduisirent le toponyme Koninginnegat par Trou de la Reine ou Cul de la Reine ! Ah ! quel sans-gêne tout de même, ces sans-culottes... Francisation La francisation endogène signalée ci-dessus va se renforcer (non se créer) dès le milieu du XIXe siècle avec le développement de la viticulture (utilité commerciale de la connaissance des langues !) et avec l'urbanisation . Celle-ci eut d'ailleurs des effets bénéfiques sur l'emploi: en 1900, 41,1 % de la population se compose de professions libérales, hauts fonctionnaires, rentiers, entourés de tout un personnel domestique (on voit ainsi se multiplier les jardiniers). Le recensement de 1910 signale 20 % d'allophones et (surtout) de bilingues à Overijse. Un tract électoral bilingue est même diffusé en 1907 ! On est loin de l'homogénéité fantasmée par nos flamingants d'aujourd'hui... L'administration communale accordera même des facilités aux habitants de Malaise en 1954. Elles seront supprimées du fait des lois linguistiques de 1962-63, votées sous la pression de manifestations flamingantes. A partir de ce moment, le français est traité en intrus dans une commune où, pendant des siècles, il avait coexisté sans problème avec le thiois. Le droit de défendre sa langue serait-il méconnu en Flandre ? L'iconocIaste Qui donc a pondu pareille thèse ? Guy Vande Putte. un germaniste natif d'Overijse, où il a grandi et où il a présidé le cercle d'histoire locale De Beierij van IJse. Ce livre est agréable à lire : les notes qui garantissent sa valeur scientifique. n'encombrent pas le texte; quant aux rares termes techniques, ils sont expliqués en marge de la page où ils sont employés. Même si ce n'est pas son but ce livre vous offre un résumé, certes très condensé, mais d'autant plus éclairant du passé d'Overijse. Un résumé écrit en français et en néerlandais : en effet, autre originalité, ce livre est bilingue (120 pages dans chaque langue. plus un cahier d'illustrations). Il peut être obtenu pour 698 francs aux éditions EPO. tél. 215.66.51.
Overijse, un cas unique ?
Evidemment non ! D'autres érudits ont démontré la perméabilité de la "frontière" linguistique au fil des âges, tel le Hoeilaartois Michel Erkens dont l'étude sur les relations matrimoniales entre Hoeilaart, Waterloo et Rhode-Saint-Genèse montre que la diversité linguistique n'a jamais empêché les contacts entre Brabançons flamands et wallons au fil des siècles. Cette perméabilité de la "frontière" linguistique est confirmée par d'autres preuves : en 1832, par exemple, Guillaume Vandenbosch est embauché comme garde forestier à Rhode-Saint-Genèse parce qu'il parle et écrit le flamand et le français (alors qu'il est originaire de Tourneppe/Dworp), ce qui est indispensable à cet endroit pour l'exercice de son métier, d'après ses supérieurs. 2) Un "vol de territoire" par les francophones ? C'est la seconde thèse des nationalistes flamands : les Wallons de Bruxelles ont envahi et continuent à envahir le territoire flamand dans le but de le franciser, en profitant des lois linguistiques de 1932. Elle repose sur trois erreurs. Wallons ou francophones ? La première est de qualifier de Wallons les francophones bruxellois. Si certains de ceux-ci (ou leurs ancêtres) viennent du sud de notre pays, beaucoup (facilement identifiables par leur patronyme !) sont des Flamands (ou des descendants de Flamands) francisés. Tous, après une ou deux générations, oubliaient en effet la langue de leurs ancêtres (un dialecte flamand ou wallon) dont ils ne voyaient pas l'utilité vu sa faible diffusion, lui préférant le français, une langue internationale. C'est là une grosse différence avec le bilinguisme traditionnel de part et d'autres de la "frontière" linguistique évoqué au chapitre précédent. Pourquoi les flamingants ne distinguent-ils pas Wallons et francophones, ce qui apporterait de l'eau à leur moulin en leur permettant de glisser un coin parmi ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires, voire leurs ennemis ? Parce qu'ils ont peur, dans une Belgique communautarisée (à leur demande) et régionalisée (sous la pression wallonne) que cette distinction ne dresse face à la Flandre deux entités (la Wallonie et Bruxelles dominée par les francophones) au lieu d'une (la Communauté Française, dont la faiblesse financière actuelle les rassure). Francisation ou "européanisation" = recul du néerlandais ? Deuxième erreur : on l'a vu avec Belgica creola, la présence francophone en Périphérie est bien antérieure aux lois de 1932. Celles-ci imposaient comme langue officielle dans chaque commune celle parlée par ses habitants (néerlandais ou français); au cas où une minorité d'au moins 30% userait de l'autre langue, elle obtenait des "facilités" dans ses relations avec l'administration. Basée sur le volet linguistique introduit alors dans les recensements décennaux de la population, cette définition de la langue officielle de chaque commune pouvait être modifiée dès qu'un recensement révélait un changement de la langue parlée par la majorité des habitants d'une commune. Réclamées par le mouvement flamand, déçu du bilinguisme qu'il avait pourtant lui-même réclamé au XIXe siècle et obtenu en 1898, les lois de 1932 le déçurent tout autant. Cette double déception s'explique par le fait que les deux systèmes consécutifs n'avaient pu enrayer la progression du français et le recul du néerlandais. D'où la volonté de clicher la "frontière" linguistique une fois pour toutes, ce qui sera fait par les lois de 1962-63 et 1970 (rattachement de l'arrondissement spécial formé par les six communes à facilités de la Périphérie à la Région Flamande). Troisième déception : initiées par le refus du volet linguistique dans le recensement prévu pour 1960, les mesures de moins en moins démocratiques imposées par le mouvement flamand n'empêchent pas plus que le bilinguisme de 1898 et l'unilinguisme régional de 1932 l'expansion du français, qui se complique en outre par l'arrivée de cadres internationaux qui ne séjournent souvent que temporairement en Périphérie et qui, sauf les Néerlandais et les Français, ont dès lors tendance à privilégier l'anglais dans leurs relations quotidiennes car c'est une langue qui leur servira quelque soit l'endroit où ils seront affectés par la suite. Le refus de reconnaître la réalité, - le trilinguisme de fait de la Périphérie, - s'appuie sur la troisième erreur, commise par beaucoup de francophones aussi. Contrairement à la thèse flamingante, la soi-disant "invasion" de Bruxellois francophones ne s'est pas faite contre la volonté des "autochtones", ni même en profitant de leur passivité : souvent bien plus important autour d'autres capitales (voyez Londres et Paris, sans parler de Mexico !) et commun à toutes les métropoles, ce débordement de la ville sur les campagnes voisines a été encouragée par eux, ou par une partie d'entre eux, en tout cas ! En voici deux preuves. Le Comité d'Etudes pour l'Urbanisation de la Région située au Sud de Bruxelles Le 3 mars 1932 se créait ce comité, qui s'empressait de publier une brochure exposant la manière dont il envisageait de réaliser le projet qu'évoque son titre. L'intérêt de cette brochure ne réside plus aujourd'hui dans le projet qu'elle promeut, - et qui s'est ô combien réalisé ! - mais dans la composition du Comité qui l'a édité. On y trouve, évidemment, des propriétaires et des sociétés immobilières, mais aussi les bourgmestres des communes concernées, des deux côtés de la "frontière" linguistique, puisque le projet concerne aussi Braine-l'Alleud et Waterloo. On trouve aussi de "purs" autochtones comme Gustave Swaelens, propriétaire à Alsemberg, Beersel et Linkebeek, ou Jean Van Cutsem, exploitant de la ferme de Boesdael à Rhode-Saint-Genèse (son fils Antoine figurera sur une liste flamingante aux élections communales de 1932 : voir l'autre brochure ci-dessous) ! On trouve même un curé, celui de Linkebeek Victor Theodoor De Cock, originaire de Boom ! Plus extraordinaire encore au regard de la thèse flamingante actuelle : avait accepté de patronner comme membre d'honneur (donneur ?) cette entreprise d'"invasion" du territoire flamand un homme aussi peu suspect de "trahison" de la cause flamande que l'écrivain Herman Teirlinck ! Soyons sérieux : ces bourgmestres, - flamands comme wallons, - ces propriétaires, - néerlandophones comme francophones, - n'avaient qu'un objectif en tête : attirer les bruxellois aisés, pour enrichir leurs communes et valoriser leurs terres. Si des Bruxellois francophones ont pu s'installer en masse en Périphérie, c'est parce que des propriétaires, flamands ou wallons, ont été trop contents de leur vendre les terrains nécessaires, ce qu'ils ont commencé à faire, - il suffit de lire la liste des propriétaires contenue dans cette brochure exactement contemporaine des lois de 1932, - bien avant cette date ! Rode-St-Genèse Vous n'êtes pas convaincu ? Examinons donc la seconde preuve, encore plus flagrante, bien qu'elle ne s'applique qu'à la commune de Rhode-Saint-Genèse. Il s'agit d'une brochure qui, quoique non datée, a dû être imprimée entre 1935 (date de la bénédiction de l'église de l'Espinette centrale, citée p. 26) et 1938 (date de démolition de la cure, présentée dans le texte comme toujours existante, pp. 7 et 11). Elle est intitulée tout simplement Rode-St-Genèse. Précisons d'emblée que le nom de la commune n'est pas entaché d'une faute d'orthographe : le bourgmestre Leo Carlier (1933-1939), bon flamingant malgré son nom, avait obtenu de la Commission Royale de Toponymie la suppression du h suivant le R parce que cette lettre parasite était le fruit de "réminiscences classiques" chez des "fonctionnaires étrangers"... En fait, on trouve la lettre parasite dès 1739 dans les actes des échevins (tous "autochtones"), tout simplement influencés par l'hellénisme ambiant à l'époque ! La couverture de cette brochure est déjà éloquente : on y reconnaît dans le coin supérieur gauche le pentagone bruxellois, d'où se détachent , d'une part, un ruban sinueux représentant la ligne ferroviaire Bruxelles-Charleroi passant par R(h)ode et, d'autre part, une ligne droite longeant un massif boisé : la chaussée de Waterloo bordée par la forêt de Soignes. Les symboles crèvent les yeux : Rhode est facilement accessible depuis Bruxelles et l'air y est bien plus respirable que celui de la capitale. Pour le lecteur qui n'aurait pas compris ou qui ne serait pas convaincu, la dernière page de couverture précise "Visitez Rode", insiste sur son "air pur" et ses "sites ravissants" et conclut par un impératif "Fixez-vous à Rode" ! A ceux qui n'auraient pas encore compris, la p. 16 précise : "Nous nous proposons de la faire mieux connaître (la commune) notamment : à ceux qui savent apprécier le charme délicat des beautés
champêtres; à ceux qui veulent s'y choisir une villégiature, un pied à terre reposant après le labeur quotidien dans la capitale (c'est nous qui soulignons), enfin à ceux qui veulent y trouver un gîte calme et reposant tout en conservant certains avantages que présente la ville (c'est encore nous qui soulignons). Pas de doute, ce sont bien les Bruxellois qui sont visés. Les plans du quartier des Espinettes figurant au centre de la brochure montrent des zones peu bâties et annoncent des "Terrains pour villas" de "Toutes dimensions". Après une courte introduction historique, la brochure décrit l'itinéraire de trois promenades sillonnant évidemment les quartiers aérés. Il n'est question dans le texte que de "paysage pittoresque et accidenté", de "commune la plus attrayante", de "situation exceptionnellement salubre, à l'écart de toute industrie" (alors qu'il y avait des brasseries et surtout une papeterie !!!), de "beautés naturelles", de "merveilleuse forêt de Soignes", de "cadre vrai et charmant" et les photos confirment le texte !
Qui donc s'est ainsi acharné à attirer les Bruxellois francophones à R(h)ode ? Lisons la page 2 de la couverture : ce fascicule a été "publié sous les auspices et avec l'aide bienveillante de l'Administration Communale" (dirigée par ce docteur Leo Carlier qui, outre la suppression du h dans le nom de la commune, fit notamment remplacer les plaques de rues bilingues par des plaques unilingues) ! La publication a été assurée par un "Comité local de tourisme, d'histoire, d'archéologie et de folklore" nommé "Eigen Schoon" dont le secrétariat était assuré par un certain Frans Deneyer, par ailleurs représentant officiel du Vlaamse Toeristenbond (organisme plutôt "marqué"...) pour R(h)ode et Alsemberg !Et l'auteur de cette prose ? Il n'est pas cité, mais il ne fait aucun doute qu'il s'agissait de Constant Theys, auteur de nombreux ouvrages historiques sur la région. Le contenu et le style du texte, les photos qui l'illustrent se retrouvent dans la Geschiedenis van Sint-Genesius-Rode qu'il publiera en 1961. Qui était-il ? Le président, pendant une vingtaine d'années, de la section locale du Davidsfonds, dont le flamingantisme n'est plus à démontrer ! Il était aussi colistier du docteur Carlier aux élections communales de 1932, qui a introduit le virus communautaire à Rhode.Ainsi donc, cette brochure, lassante à force d'insister pour attirer les francophones bruxellois à Rhode, est le fait d'un trio dont les successeurs reprochent aujourd'hui à ceux-ci d'être là, les plus excités les "invitant" à "s'adapter" (= renoncer à leur culture) ou à déménager (à "rouler leur matelas", comme ils beuglent si élégamment). Quel était leur but ? Si l'on se réfère à la brochure précédente, quasi-contemporaine, d'attirer des kapitaalkrachtigers (capitalistes) dont les impôts faciliteraient le développement de la commune et à qui ils se gardaient bien d'annoncer qu'ils devraient apprendre le néerlandais. Pour les élections communales de 1932, la liste Carlier-Theys avait, comme les autres, mené une campagne électorale... bilingue !!!La plupart des francophones déjà installés dans des communes flamandes, leurs descendants, les nouveaux arrivants crurent que les lois linguistiques de 1962-63, puis la communautarisation et la régionalisation ne changeraient rien aux facilités de fait dont ils bénéficiaient souvent. Mais avec les circulaires Peeters, Van den Brande et Martens, ils commencèrent à se rendre compte qu'ils étaient coincés du mauvais côté de la"frontière". Les récents arrêts de la Cour d'Arbitrage condamnant à mort les activités culturelles francophones en Périphérie quand elles sont subsidiées par la Communauté Française n'ont fait que confirmer cette erreur d'optique.On le voit, à chaque stade de l'évolution de la Périphérie, l'histoire réelle a été arrangée par les flamingants en fonction de leurs intérêts du moment, quitte à contredire leurs exigences précédentes. Le fait de considérer les facilités comme transitoires, - ce qui n'apparaît dans aucun document officiel, ni même dans les travaux préparatoires à la législation qui les établit, - n'est que le dernier épisode en date.Qu'en adviendra-t-il, au Conseil d'Etat et sur le terrain ? A quand l'épisode suivant? Et lequel ? Tout dépendra de la détermination des démocrates, - quelle que soit la langue qu'ils parlent et quel que soit l'endroit où ils habitent, - à faire respecter les droits, - notamment culturels, - de tous les habitants.
Facilités
En mars 1998, les présidents des partis francophones avaient certifié qu'ils porteraient le problème des circulaires du gouvernement flamand devant le gouvernement fédéral en cas de sanction contre les bourgmestres qui ne les appliqueraient pas ou d'atteinte aux habitants. Depuis lors, les atteintes ont plu à verse : paralysie des autorités communales organisée par les pouvoirs de tutelle qui annulent impunément certaines de leurs décisions, formulaires de radio-TV redevance, de taxe sur les eaux de surface et d'impôt foncier envoyées en néerlandais aux habitants des communes à facilités ayant pourtant choisi le français dans leurs relations avec les autorités administratives (comme la Constitution et les lois linguistiques le leur permettent...). La Commission permanente de contrôle linguistique et le gouverneur-adjoint du Brabant Flamand donnent raison à des plaignants, mais les autorités flamandes s'en moquent. Ne voyant rien venir de concret, toutes les soeurs Anne de la Périphérie n'ont le choix qu'entre la soumission à l'arbitraire (les circulaires Peeters et Martens imposant l'envoi des documents en néerlandais à tous les habitants) ou la résistance passive (le refus de payer les taxes tant qu'elles ne sont pas libellées en français). Comment encore faire croire aux jeunes que la Belgique est un Etat de droit...? |