tracasseries

Menaces sur nos écoles

Lors des accords de la saint Polycarpe, tous les partis ont parlé du "bétonnage des facilités". Or, au parlement flamand, le 30 janvier, tous les partis ont voté une motion exigeant le transfert de l'inspection pédagogique des écoles francophones des communes à facilités à la Région Flamande. En cas de refus, la motion demande de suspendre tout subside à ces écoles.

En 1998, Mme Onkelinx avait dit : Les écoles francophones sont là de plein droit, notre inspection pédagogique les accompagne de plein droit. Tous les textes légaux vont en ce sens : tutelle administrative au ministre régional flamand, gestion pédagogique et du personnel à la Communauté Française.

Thèse flamande : tous les élèves, même francophones, doivent suivre les programmes de la Communauté Flamande en Flandre "bien qu'il ne soit pas réaliste d'exiger de ces élèves les mêmes performances finales en néerlandais". Et quid de l'inspection des cours de langue maternelle (le français), si important pour construire les structures mentales au niveau primaire ? En cas de discordance importante entre les programmes scolaires des deux Communautés, faut-il que nos enfants soient pénalisés lors de leur entrée dans l'enseignement secondaire francophone par le fait d'avoir fait leurs études à « l'école du village » (ce qui favorise pourtant une bonne insertion sociale)?

Selon les parlementaires flamands, cet enseignement primaire aurait au départ pour but de préparer en douceur les élèves francophones à l'entrée dans une école secondaire néerlandophone, ce qui n'advient que dans 15 % des cas. Pensent-ils réellement en multipliant les mesures vexatoires augmenter ce pourcentage ? Et cela vaut-il de créer d'éventuelles difficultés scolaires pour la majorité des élèves ? Si on peut espérer dans nos écoles un apprentissage du néerlandais plus performant qu'il ne l'est parfois en région francophone, nous ne souhaitons pas perdre notre identité culturelle. Les hasards politiques de la frontière linguistique nous ont placés en Flandre, alors que nous sommes de famille francophone habitant parfois le « coin » depuis plusieurs générations, et que nous sommes très majoritairement de ce régime culturel. S'il nous paraît logique d'apprendre peu à peu à parier la langue de l'autre, devons nous pour autant perdre la nôtre?

L'auteur de la motion insiste sur le montant du subside versé par la Flandre pour un enseignement « inférieur aux normes ». Tout d'abord, rappelons que si la Flandre ne se réjouît pas de payer l'école de nos enfants, elle est pourtant ravie d'engranger nos impôts, quelles que soient notre langue et notre culture. Ensuite, peut-on sans être insultant parler d'un enseignement « inférieur aux normes -» si on ne s'appuie pas sur une comparaison rigoureuse et complète des deux programmes ?

Soyons vigilants. Nos écoles communales francophones sont menacées. Déjà, seuls pouvaient s'y rendre les habitants des communes à facilités alors que nos écoles communales néerlandophones peuvent accepter tout élève. Déjà les instituteurs devaient pour y être nommés avoir réussi un examen linguistique : or les instituteurs sont de plus en plus difficiles à trouver. Si nos écoles passent entièrement et exclusivement sous tutelle flamande, quelles seront les exigences de demain ?


Facilités, un droit pas une aumône

Le Conseil d'Etat a rendu le 16 février un arrêt permettant aux habitants des communes à facilités de recourir pour tout litige fiscal aux tribunaux bruxellois, au lieu du tribunal de première instance de Louvain. C'était le seul moyen de respecter la législation permettant aux francophones de ces communes d'user de leur langue dans les rapports avec les autorités. Mais les évidences ne sont pas toujours perçues : cet arrêt casse, en effet, un arrêté royal pris le 25 mars 1999 par le ministre des Finances (francophone !) de l'époque, qui attribuait cette compétence au tribunal de Louvain !

Signé le 12 mars dernier par deux ministres soigneusement choisis, celui des Finances, - francophone, - Reynders et celui de la Justice, -flamand, - Verwilghen, un arrêté royal garantit ce droit. Il s'agit là d'un point essentiel : on entend souvent dire qu'"il n'y a pas de problème en Périphérie". C'est sans doute vrai dans la vie quotidienne, tant qu'il ne s'agit que de parler à son voisin par-dessus la haie. Mais le tableau est moins idyllique dans les relations avec les autorités supra-communales : pas simple de s'expliquer dans une autre langue sur des matières déjà difficiles à comprendre dans la sienne; s'il faut en plus affronter des autorités imprégnées du credo selon lequel les francophones sont des intrus indésirables...

Ajoutons que la garantie des droits des francophones de Flandre ne s'arrête pas à leur portefeuille ! Voilà pourquoi la lutte contre les circulaires Peeters & C° par la demande systématique de la version française des documents reçus en néerlandais est si importante. Voilà pourquoi aussi la ratification par la Belgique de la Convention-cadre pour la protection des minorités, - appuyée sur le rapport de Madame Nabholz-Haidegger, - doit être obtenue, pour empêcher la poursuite du grignotage des facilités, qui se fait parfois avec la complicité d'élus francophones aux yeux de qui ces droits ne sont sans doute pas prioritaires...


Drogenbos : Pauvre D !

De toutes les communes à "facilités", Drogenbos est sans doute celle qui a le plus joué la carte de la discrétion en matière communautaire. A en juger par les critiques formulées par le gouverneur du Brabant Flamand dans le mensuel Randkrant n° 6/4 (avril 2002), la stratégie n'est pas payante auprès des autorités de tutelle flamandes. Le numéro précédent de ce mensuel avait consacré deux pages à cette commune qui, du propre aveu d'un de ses rédacteurs, paraît faire partie de l'agglomération bruxelloise, notamment du fait qu'elle est reliée à celle-ci par le tram 52 à bord duquel on serait bien en peine de s'apercevoir qu'on a franchi une "frontière" régionale. Un tram facilitant l'arrivée dans la commune de nécessiteux bruxellois, ce qui expliquerait pourquoi celle-ci compte trois fois plus de minimexés que Linkebeek, dont le chiffre de population est équivalent. Ces nécessiteux remplaceraient progressivement les "vrais" Drogenbossois, trop âgés pour vivre seuls et financièrement incapables de faire face au coût de leur logement, en hausse du fait de l'arrivée croisante de couples à deux revenus qui font grimper les cours de l'immobilier.

Depuis 1999, Drogenbos est, avec Vilvorde, la seule commune de la Périphérie à pouvoir bénéficier d'une aide (173.000 euros) du Sociaal Impulsfonds (Fonds Social d'Incitation) de la Région Flamande. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, elle n'en bénéficie pas ! Parce qu'elle craint d'attirer davantage de pauvres et que les circulaires Peeters & C° compliquent les formalités administratives pour cette population souvent peu instruite.

Le gouverneur De Witte considère cette raison comme non fondée. Il accuse les communes à "facilités" de ne pas collaborer volontiers avec les autorités flamandes (n.d.l.r.: qui ne cessent de leur chercher des poux).

Il s'étonne que les C.P.A.S. de ces communes ne prennent pas les mesures adéquates pour que les demandeurs d'emploi connaissent le néerlandais (n.d.l.r.: comme si le fait d'être bilingues suffisait pour qu'un francophone trouve un travail en Région Flamande...).

Quant à savoir si l'attitude de la commune ne résulte pas aussi de la crainte d'attirer des chômeurs bruxellois, le gouverneur répond que, tout comme Bruxelles, les communes à facilités ont tout intérêt à stopper la fuite des citadins vers la Périphérie. Ben voyons !